Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Les pléonasmes (D)

Publié par Fawzi Demmane sur 2 Juin 2009, 11:41am

Catégories : #Vocabulaire


Défiler successivement

 

Les enchaînements défiler successivement et défiler l’un après l’autre que l’on trouve dans les exemples suivants sont considérés comme pléonastiques.

 

Exemples fautifs :

 

- Quand mon grand-père songeait à sa jeunesse, il fermait les yeux et voyait défiler successivement tous ses amis disparus.

- De mes fenêtres, je regardais les voitures défiler l’une après l’autre sur l’autoroute.

- Dans ce quartier, les mendiants semblaient défiler successivement, quémandant quelques pièces de monnaie à des passants pressés.

- Luc donna une réception extraordinaire où les grands crus défilaient les uns après les autres.

 

En effet, le verbe défiler signifie « aller à la file; se succéder de façon régulière ou continue » et, tout comme l’un après l’autre, l’adverbe successivement signifie « l’un après l’autre ». Il y a donc redondance puisque l’idée de succession est présente deux fois. Chacun des deux mots indique que les éléments passent de manière continue, l’un après l’autre.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Quand mon grand-père songeait à sa jeunesse, il fermait les yeux et voyait défiler tous ses amis disparus.

- De mes fenêtres, je regardais les voitures circuler l’une après l’autre sur l’autoroute.

- Dans ce quartier, les mendiants semblaient défiler, quémandant quelques pièces de monnaie à des passants pressés.

- Luc donna une réception extraordinaire où défilaient les grands crus.

 

 

Par ailleurs, l’expression se défiler est considérée comme familière par certains grammairiens au sens figuré de « se dérober ». Cet emploi pronominal dériverait du verbe filer, qui a pour sens figuré « s’en aller rapidement, se sauver » et qui est aussi perçu comme appartenant à la langue familière.


Défrayer les frais

 

On emploie parfois des expressions comme défrayer les frais, défrayer les dépenses pour indiquer qu’on paie ou qu’on rembourse des sommes à quelqu’un. Toutefois, il s’agit de pléonasmes qu’il vaut mieux éviter. En effet, défrayer contient en lui-même l’idée de frais, puisqu’il signifie « payer ou rembourser à quelqu’un ses frais ». Ce verbe est également employé correctement dans la tournure défrayer quelque chose, avec le sens de « payer les frais qui correspondent à quelque chose ».

 

Exemples fautifs :

 

- Lorsque vous serez en voyage pour le travail, l’entreprise défraiera vos frais.

- Cet écrivain faisait le tour de l’Europe et son mécène défrayait ses dépenses.

- Les frais de la soirée furent défrayés par les membres.

 

On pourra dire :

 

- Lorsque vous serez en voyage pour le travail, vous serez défrayé par l’entreprise.

- Cet écrivain faisait le tour de l’Europe, défrayé par son mécène.

- La soirée fut défrayée par les membres.

 

Ainsi, ce sont les personnes ou les choses qui sont défrayées, et non les sommes d’argent. Pour exprimer cette seconde idée, il convient plutôt d’utiliser des verbes comme payer, rembourser, assumer ou couvrir. On dira, par exemple : assumer les frais, rembourser les frais, prendre à sa charge les coûts, payer les dépenses, supporter une dépense, couvrir les dépenses, payer la note, etc.

 

Exemples :

 

- Vos frais seront couverts pendant votre séjour. (et non : Vos frais seront défrayés pendant votre séjour.)

- Ses dépenses ont été remboursées par sa mère. (et non : Sa mère a défrayé ses dépenses.)

- C’est la fondation qui a assumé les frais du colloque. (et non : C’est la fondation qui a défrayé les frais du colloque.)



Différer à une date ultérieure

 

L’enchaînement différer à une date ultérieure que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Comme la météo prévoyait du mauvais temps, Michel et Marie ont dû différer leur voyage à une date ultérieure.

- Plusieurs clients choisiront de différer à une date ultérieure le paiement de leurs électroménagers.

- En raison de nombreux contretemps, le directeur général a différé à une date ultérieure la réunion qui était prévue aujourd’hui.

 

En effet, le verbe différer signifie « retarder, remettre à plus tard » et la locution prépositive à une date ultérieure a le sens de « qui vient après (dans le temps) ». Il y a donc redondance puisque l’idée de postériorité est présente deux fois. La signification de chacun des deux éléments indique qu’il y a un report.

 

On écrirait préférablement :

 

- Comme la météo prévoyait du mauvais temps, Michel et Marie ont dû différer leur voyage.

- Plusieurs clients choisiront de différer le paiement de leurs électroménagers.

- En raison de nombreux contretemps, le directeur général a remis à une date ultérieure la réunion qui était prévue aujourd’hui.

 

Le verbe différer vient du latin differre « retarder » et l’adjectif ultérieur du latin ulterior « qui est au-delà ».

Autrefois, le verbe différer se construisait indifféremment avec les prépositions à et de : différer de faire, à faire quelque chose au sens de « tarder à ». De nos jours, ces constructions transitives indirectes sont considérées comme littéraires et différé à n’est plus guère employée, même chez les écrivains. Dans la langue courante, le verbe différer s’emploie habituellement en construction directe. Exemples : différer une démarche, différer un paiement, différer une réunion, différer un verdict.

Attention à la conjugaison du verbe différer, qui requiert tantôt l’accent aigu, tantôt l’accent grave : je diffère, il diffère; nous différons, je différais.


Disperser çà et là
 


L’enchaînement disperser çà et là que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Anne déchira la lettre et en jeta par la fenêtre les morceaux, qui se dispersèrent çà et là au vent.

- La légende veut que le trésor du célèbre pirate ait été dispersé çà et là dans l’archipel.

- Il ne souhaitait pas que ses tableaux soient dispersés çà et là dans divers musées.

 

En effet, le verbe disperser vient du mot latin dispersus, de dispergere « répandre çà et là ». En français, le verbe signifie « éparpiller, répandre de tous côtés » et la locution adverbiale çà et là signifie « ici et là ». Il y a donc redondance puisque l’idée de dispersion est présente deux fois. Le verbe et la locution indiquent tous deux que les éléments d’un ensemble sont répartis en différents endroits.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Anne déchira la lettre et en jeta par la fenêtre les morceaux, qui se dispersèrent au vent.

- La légende veut que le trésor du célèbre pirate ait été enterré çà et là dans l’archipel.

- Il ne souhaitait pas que ses tableaux soient dispersés dans divers musées.

Le verbe disperser peut également avoir le sens de « mettre en fuite » ou celui de « faire se séparer ». L’emploi pronominal du verbe est également bien attesté au sens figuré de « s’occuper à trop d’activités différentes sans se concentrer sur aucune ».

 

Exemples :

 

- Les aboiements du chien ont dispersé les cambrioleurs.

- Pour des raisons de sécurité, les policiers ont dû disperser les manifestants.

- Luc a longtemps pratiqué de nombreux sports, puis il a enfin cessé de se disperser pour se consacrer au foot.


Double alternative

 

Les enchaînements double alternative ou deux alternatives que l’on trouve dans les exemples suivants constituent des pléonasmes.

 

Exemples fautifs :

 

- Il était devant une double alternative : demeurer un simple employé ou démarrer sa propre entreprise.

- Elle devait choisir entre deux alternatives : partir ou rester.

En effet, le mot alternative signifie « choix entre deux possibilités ou éventualités souvent opposées » et les mots double ou deux impliquent « deux éléments, identiques ou non ». Il y a donc redondance puisqu’en français le mot alternative se réfère déjà à un ensemble de deux solutions.

 

On écrirait donc plus correctement :

 

- Il était devant l’alternative suivante : demeurer un simple employé ou démarrer sa propre entreprise.

- Elle devait choisir entre deux possibilités : partir ou rester.

Dans l’usage, le mot alternative a connu un glissement de sens et en est venu à être perçu comme un synonyme du mot possibilité, probablement sous l’influence du mot anglais alternative. En effet, le mot anglais alternative désigne chacune des deux possibilités, alors qu’en français le même mot se réfère plutôt à un ensemble de deux solutions. C’est sans doute de là que provient l’emploi pléonastique, que l’on trouve même chez les bons auteurs. Il convient cependant d’éviter cette redondance en se rappelant que le mot alternative renvoie au choix et non aux possibilités offertes; il doit donc être utilisé au singulier.

 

Exemples :

 

- Il n’y a que deux possibilités : partir ou rester.

- Il n’y a qu’une alternative : partir ou rester.

De plus, le mot alternative employé au sens de « solution de remplacement » ou « solution de rechange » constitue un anglicisme qui est critiqué, bien que cet emploi soit de plus en plus fréquent. La majorité des ouvrages de référence considère que le mot solution ou les expressions solution de remplacement et solution de rechange sont plus adaptés.

 

Exemples :

 

- Le commerce équitable : une solution de rechange au capitalisme? (plutôt que : une alternative au capitalisme)

- Ils sont convaincus qu’une politique restrictive est la seule solution à la dévaluation du marché. (plutôt que : la seule alternative à la dévaluation du marché)

Enfin, l’expression en dernière alternative constitue une impropriété lorsqu’elle est employée à la place de en dernier lieu ou de en dernier ressort.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents