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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Les pléonasmes (O,P,Q)

Publié par Fawzi Demmane sur 18 Juin 2009, 09:23am

Catégories : #Vocabulaire


Orage électrique

 

Même si l’expression orage électrique est très largement répandue, il n’en demeure pas moins qu’elle est pléonastique.

 

En effet, un orage est par définition une perturbation atmosphérique violente, caractérisée par des phénomènes électriques, des rafales de vent et des averses de pluie ou de grêle. Il est donc inutile de préciser que l’orage est électrique. D’ailleurs, pour parler d’une pluie forte qui n’est pas accompagnée d’éclairs et de tonnerre, on utilisera plutôt les noms averse, ou ondée,

 

Exemples :

 

- Il est fortement conseillé de se mettre à l’abri lors d’un orage. (et non orage électrique)

- Pendant l’orage, des joueurs ont été foudroyés sur le terrain. (et non orage électrique).

- Maryse et ses amies ont été surprises par l’averse alors qu’elles jouaient au tennis.

- Cette ondée n’était pas suffisante pour bien arroser les jardins.

 

 

 

Dans le cas où il faudrait marquer clairement la différence entre un orage et un orage volcanique ou un orage magnétique, il serait justifié de parler alors d’orage électrique. Mais comme il s’agit de phénomènes différents et peu comparables, il y a peu de risque de confusion dans un même contexte.


Panacée universelle

L’enchaînement panacée universelle que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Plusieurs souhaiteraient faire du végétarisme la panacée universelle.

- L’aspirine est une bonne chose; ce n’est pourtant pas la panacée universelle

- Elle prétend détenir la panacée universelle contre les problèmes de société.

 

En effet, le nom panacée signifie « remède universel, agissant sur toutes les maladies » et l’adjectif universel signifie « qui s’étend, s’applique à la totalité des objets (personnes ou choses) que l’on considère ». Il y a donc redondance puisque l’idée d’universalité est présente deux fois. Chacun des deux mots concerne l’ensemble, la totalité des êtres et des choses.

 

On écrirait préférablement :

 

- Plusieurs souhaiteraient faire du végétarisme la panacée.

- L’aspirine est une bonne chose; ce n’est pourtant pas le remède universel

- Elle prétend détenir la panacée contre les problèmes de société.

En français, le mot panacée vient du mot latin panacea, qui a lui-même été emprunté au grec panakeia, de pan- « tout » et akos « remède ». À l’origine, le nom grec panakeia désignait une plante imaginaire servant de remède universel, personnifiée par la fille d’Asclépios, le dieu grec de la santé et de la médecine. Le mot universel vient quant à lui du latin classique universus « tout entier ».

L’emploi figuré du mot panacée avec le sens « ce que l’on croit capable de guérir tous les maux, de répondre à tous les besoins, de résoudre tous les problèmes » est également bien attesté.

 

Exemple :

 

- L’automatisation n’est pas une panacée; pour être vraiment heureux, l’homme doit redéfinir son rapport au travail.

 

L’expression pléonastique panacée universelle vient sans doute du fait que le sens étymologique du terme panacée s’est perdu au fil du temps et que l’usage n’a finalement retenu que le sens de « remède ». Voilà pourquoi on trouve fréquemment dans l’usage, outre le pléonasme très répandu, des tours tels que la panacée de tous les maux, une panacée qui guérit tout ou, même, la panacée universelle pour tous les maux. Certains grammairiens ne condamnent pas ces expressions pléonastiques parce qu’ils reconnaissent la restriction de sens que le mot a connue. Cependant, il faut savoir que l’expression demeure condamnée dans une grande majorité d’ouvrages et qu’il convient d’éviter le pléonasme, en particulier dans les textes soutenus.

Finalement, on notera que le mot panacée est féminin et qu’il s’écrit avec un e.


Piétiner sur place

 

L’enchaînement piétiner sur place que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Les gens qui assistaient au défilé piétinaient sur place pour tenter de se réchauffer.

- Anne déteste piétiner sur place dans les files d’attente.

- La fillette piétinait sur place avec impatience tandis que sa mère habillait son jeune frère.

 

En effet, le verbe piétiner signifie « s’agiter sur place en frappant vivement du pied contre le sol; remuer des pieds sans avancer ou en avançant très peu » et la locution adverbiale sur place signifie « à l’endroit dont on parle, sur les mêmes lieux ». Il y a donc redondance puisque l’idée d’immobilité est présente deux fois.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Les gens qui assistaient au défilé sautillaient sur place pour tenter de se réchauffer.

- Anne déteste piétiner dans les files d’attente.

- La fillette piétinait d‘impatience tandis que sa mère habillait son jeune frère.

 

Le verbe piétiner s’emploie aussi couramment au sens figuré de « ne pas progresser, rester dans le même état, dans la même situation ».

 

Exemples :

 

- François s’est enfin décidé à quitter cet emploi où il piétinait depuis trop longtemps.

- Malgré les mois qui passent, les négociations piétinent toujours.



Plus meilleur

 

L’enchaînement plus meilleur que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- L’adaptation cinématographique de ce roman est plus meilleure que son adaptation théâtrale.

- Les tartes de ma mère goûtent plus meilleur que celles qu’on trouve au supermarché. 

- Louis et Jeanne n’auraient pu imaginer un plus meilleur accueil.

- Plus Nicolas s’entraîne, plus il est meilleur au biathlon.

 

En effet, l’adverbe plus est un comparatif de supériorité qui signifie étymologiquement « plus grande quantité » et l’adjectif meilleur est ici le comparatif de supériorité du mot bon (Ex. : Elle est meilleure nageuse que son amie). Il y a donc redondance puisque chacun des deux mots est un comparatif de supériorité.

 

On écrirait plus correctement :

 

- L’adaptation cinématographique de ce roman est plus réussie que son adaptation théâtrale.

- Les tartes de ma mère ont meilleur goût que celles qu’on trouve au supermarché. 

- Louis et Jeanne n’auraient pu imaginer un meilleur accueil.

- Plus Nicolas s’entraîne, meilleur il est au biathlon.

 

Dans tous les contextes, l’adjectif meilleur se substitue à l’expression plus bon, qui est incorrecte.

 

Les adjectifs qui sont déjà, par leur étymologie, des comparatifs (comme meilleur, mais aussi antérieur, extérieur, inférieur, intérieur, postérieur et ultérieur) ne peuvent en principe être précédés des adverbes plus ou moins. On évitera ainsi, outre le pléonasme plus meilleur, les expressions plus majeur, plus supérieur, moins inférieur, plus pire, etc. La présence d’autres adverbes d’intensité (comme bien, très, un peu, (de) beaucoup, (de) peu) devant un adjectif comparatif est toutefois généralement tolérée.

 

Exemples :

 

- Son premier album est bien meilleur que son dernier.

- Ma rencontre avec Irène est très antérieure à ma rencontre avec son frère.

- Son résultat est de beaucoup inférieur à nos attentes.

 

Quand le superlatif le meilleur est suivi d’une proposition subordonnée introduite par que, le verbe de la subordonnée se met le plus souvent au subjonctif, mais on peut également employer l’indicatif.

 

Exemple :

 

- C’est le meilleur film que nous ayons vu (ou avons vu) ces derniers mois.


Préférer volontiers

 

L’enchaînement préférer volontiers que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Charles est vraiment très intellectuel et il préfère volontiers la pensée à l’action.

- Je préfère volontiers le chant des oiseaux à celui des mitrailleuses.

- Suzanne préfère volontiers se faire reprocher ses excès que de bâiller d’ennui.

- Certains préféreraient volontiers mourir plutôt que de trahir un ami.

 

En effet, le verbe préférer signifie « marquer une inclination particulière à l’endroit de quelque chose ou de quelqu’un » et l’adverbe volontiers signifie « par une inclination naturelle, avec plaisir, sans peine ». Il y a donc redondance puisque l’idée d’inclination est présente deux fois.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Charles est vraiment très intellectuel et il préfère la pensée à l’action.

- Je préfère le chant des oiseaux à celui des mitrailleuses.

- Suzanne préfère se faire reprocher ses excès que de bâiller d’ennui.

- Certains mourraient volontiers plutôt que de trahir un ami.

 

Avec deux infinitifs, le verbe préférer se construit couramment avec que ou que de, par analogie avec la locution aimer mieux.

 

Exemples :

 

- Elle préfère souffrir que de n’avoir jamais connu l’amour.

  (Elle aime mieux souffrir que de n’avoir jamais connu l’amour.)

- Il préfère donner ses livres que les vendre.

  (Il aime mieux donner ses livres que les vendre.)

 

Il faut cependant savoir que ces constructions sont critiquées par certains grammairiens, qui préconisent l’emploi de l’adverbe plutôt, servant à marquer la comparaison implicite. Dans la langue soignée et en particulier à l’écrit, on retiendra donc cette dernière construction.

 

Exemples :

 

- Elle préfère souffrir plutôt que de n’avoir jamais connu l’amour.

- Il préfère donner ses livres plutôt que les vendre.


Première priorité

 

L’enchaînement première priorité que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Pendant ce mandat, le premier ministre entend bien donner la première priorité à la santé. 

- Jeanne a pour première priorité le bien-être de ses enfants.

- Sa première priorité est de se classer aux Jeux olympiques.

 

En effet, l’adjectif premier signifie « qui est classé avant les autres pour son importance, sa valeur » et le nom priorité signifie « fait de venir le premier, de passer avant les autres en raison de son importance ». Il y a donc redondance puisque l’idée de priorité est présente deux fois. Chacun des deux mots souligne la primauté, l’importance préférentielle qui est accordée à quelque chose.

 

On écrirait plutôt :

 

- Pendant ce mandat, le premier ministre entend bien donner la priorité à la santé. 

- Jeanne a pour priorité le bien-être de ses enfants.

- Son objectif premier est de se classer aux Jeux olympiques.

 

 

Toutefois, dans la mesure où l’on peut cibler plusieurs priorités, il serait normal de les classer et d’en placer une en première position. L’expression première priorité n’est donc pas nécessairement illogique, bien qu’elle demeure maladroite au point de vue stylistique et gagne à être remplacée par des formulations telles que : priorité des priorités, priorité absolue, priorité fondamentale, priorité majeure, absolument prioritaire.

 

Exemples :

 

- La santé demeure la priorité des priorités.

- Dans ce type de catastrophe, l’évacuation des lieux est absolument prioritaire.

- Les trois priorités suivantes guideront le gouvernement au cours de son mandat : la priorité absolue sera la lutte contre le chômage et la pauvreté; la seconde, la réduction de la pollution; enfin, la troisième consistera à mettre en œuvre une nouvelle politique de la culture.


Premiers balbutiements

 

Premiers balbutiements est-il un pléonasme? Pas toujours. Le balbutiement, au sens propre, est l’action de balbutier, c’est-à-dire de prononcer plus ou moins distinctement. On parlera entre autres des balbutiements de l’enfant qui commence à parler, qui le fait avec hésitation, maladroitement. C’est d’ailleurs ce sens qui se trouve dans l’emploi figuré de balbutiement. Parler des premiers balbutiements d’un enfant est tout à fait concevable et on entend par là les premières fois qu’il balbutie. De la même manière, au figuré, on peut parler des premiers balbutiements d’une science, d’une technique, d’un art, etc., à propos des tout premiers développements de ceux-ci.

 

Toutefois, il faut être conscient que l’emploi du seul mot balbutiement suffit le plus souvent à rendre compte de ce que nous voulons exprimer. Lorsque l’on dit d’une chose qu’elle en est à ses balbutiements (le plus souvent pluriel au figuré), cela signifie qu’elle en est à ses débuts (tâtonnants), à ses premiers essais, à ses premières tentatives, qu’on assiste à ses premiers développements, à ses premières manifestations. On voit donc que balbutiements renvoie déjà au commencement, à la naissance, au démarrage de la chose, et qu’il est bien inutile, dans la plupart des cas, d’ajouter premiers, à moins de vouloir insister sur le fait que ce sont les toutes premières manifestations.

 

Par conséquent, avant d’employer l’expression premiers balbutiements au figuré, il faut se poser la question si cette insistance est bien ce que nous cherchons à exprimer. Si ce n’est pas le cas, il serait plus juste de parler simplement des balbutiements de

Exemples :

 

- À l’époque, le mouvement surréaliste en était à ses balbutiements.

- La technique est encore peu connue, elle n’en est qu’à ses balbutiements.

- Le démarrage du projet a été difficile, mais les balbutiements inévitables pour une opération d’une telle envergure ont fait place à une pleine maîtrise de la situation.

- La haute technologie utilisée de nos jours nous fait oublier parfois que les premiers balbutiements de l’art cinématographique ne sont pas si lointains.

- J’ai été témoin des premiers balbutiements du tourisme dans ce coin du monde encore relativement isolé.


Preuve probante

L’enchaînement preuve probante que l’on trouve dans les exemples suivants est souvent considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Leur absence à la réunion est une preuve probante de leur désintéressement à l'égard du projet.

- L’avocat de la défense a présenté une preuve probante qui attestait l’innocence de son client.

- L’inspecteur avait accumulé assez de preuves probantes pour demander un mandat de perquisition.

En effet, l’adjectif probant vient du latin probans qui correspond au participe présent de probare, « prouver ». En français, l’adjectif probant se dit de ce qui prouve sérieusement, de ce qui est convaincant, et le nom preuve, qui vient aussi du latin probare, désigne ce qui prouve, démontre ou établit la vérité de quelque chose. Il y a donc redondance puisque chacun des deux mots évoque l’idée de prouver, d’établir de manière irréfutable la vérité ou la réalité de quelque chose.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Leur absence à la réunion est une preuve de leur désintéressement à l'égard du projet.

- L’avocat de la défense a présenté un élément probant qui attestait l’innocence de son client.

- L’inspecteur avait accumulé assez de preuves pour demander un mandat de perquisition.


Prévoir à l'avance

 

Le verbe prévoir signifie « considérer à l’avance comme probable », « organiser à l’avance, en fonction de l’avenir » : il exprime l’idée d’anticipation d’un événement. Le préfixe pré-, que l’on trouve également dans d’autres verbes tels que prédire, indique en effet l’antériorité dans le temps, dans l’espace ou dans un ordre quelconque (pré- signifie donc « d’avance », « avant » ou « devant », selon le cas). L’ajout de la locution à l’avance ou d’avance à la suite d’un verbe comme prévoir, où la valeur de pré- est encore nettement sentie, constitue ainsi un pléonasme qu’il vaut mieux éviter.

 

Exemples :

 

- Tout a été prévu, ne crains rien. (et non : Tout a été prévu à l’avance)

- Bien des scientifiques avaient prévu les changements climatiques. (et non : avaient prévu d’avance)

- Je prédis que tu n’aimeras pas ça! (et non : Je prédis d’avance)

 

Toutefois, on peut très bien dire prévoir longtemps à l’avance, prévoir trois jours d’avance, prédire bien à l’avance, prédire vingt ans à l’avance, etc. L’indication d’une précision de ce genre rend alors normal, sinon inévitable l’emploi de la locution à l’avance (ou d’avance) à la suite du verbe prévoir ou prédire.


Projection future

 

Les enchaînements projections futures et projections pour l’avenir que l’on trouve dans les exemples suivants sont considérés comme pléonastiques.

 

Exemples fautifs :

 

- Sur le plan démographique, les projections futures annoncent une baisse des naissances.

- Les projections pour l’avenir établies par les économistes indiquent que les marchés connaîtront à nouveau une hausse au cours des cinq prochaines années.

- Selon certaines projections futures, les inscriptions dans les programmes de génie informatique ne devraient cesser d’augmenter pendant encore quelques années.

 

En effet, le nom projection signifie « fait de projeter dans l’avenir » et l’adjectif futur, tout comme la locution pour l’avenir, s’applique à ce qui est à venir, à ce qui n’existe pas encore. Il y a donc redondance puisque l’idée d’avenir, de futur est présente deux fois.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Sur le plan démographique, les projections annoncent une baisse des naissances.

- Les projections établies par les économistes indiquent que les marchés connaîtront à nouveau une hausse au cours des cinq prochaines années.

- Selon certaines projections, les inscriptions dans les programmes de génie informatique ne devraient cesser d’augmenter pendant encore quelques années.


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