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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Les pléonasmes (R,S,U,V)

Publié par Fawzi Demmane sur 18 Juin 2009, 10:57am

Catégories : #Vocabulaire


Réciproque de part et d'autre

 

L’enchaînement réciproque de part et d’autre que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Entre le frère et la sœur règne une bienveillance réciproque de part et d’autre

- Les deux associés se vouent une méfiance réciproque de part et d’autre.

- Les deux communautés affichent de part et d’autre une grande tolérance réciproque.

 

En effet, l’adjectif réciproque vient du latin reciprocus « qui revient au point de départ ». En français, cet adjectif désigne ce qui marque un échange équivalent entre deux personnes, deux groupes, deux choses et la locution adverbiale de part et d’autre signifie « d’un côté et de l’autre, des deux côtés ». Il y a donc redondance puisque l’idée de réciprocité est présente deux fois. Chacun des deux mots sous-entend un va-et-vient, une relation à double sens entre deux êtres, deux choses ou deux groupes.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Entre le frère et la sœur règne une bienveillance réciproque

- Les deux associés se vouent une méfiance réciproque.

- Les deux communautés affichent de part et d’autre une grande tolérance.

 

 

Par ailleurs, il est à noter que, contrairement à l’adjectif mutuel, qui peut s’employer quand deux ou plusieurs personnes sont en cause, l’adjectif réciproque ne s’emploie que lorsqu’il y a deux personnes, deux groupes ou deux choses.

 

Exemples :

 

- Depuis toujours, on observait une tendresse mutuelle entre ces quatre amis.

 

- Depuis toujours, on observait une tendresse réciproque entre ces deux amis.


Redemander de nouveau

 

L’enchaînement redemander de nouveau que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Comme ils avaient encore du temps devant eux, ils ont redemandé de nouveau des cafés au serveur. 

- Le vote a été redemandé de nouveau, car il y avait eu confusion au moment du dépouillement du scrutin.

- Les enfants de Camille aiment tellement cette histoire qu’ils la redemandent de nouveau chaque soir.

 

Le verbe redemander est ce qu’on appelle un verbe itératif (ou fréquentatif), c’est-à-dire qu’il est pourvu d’un préfixe (re-) qui indique la répétition de l’action exprimée par le verbe demander. Ce verbe a donc le sens de « demander de nouveau une chose » et la locution adverbiale de nouveau signifie « une deuxième fois, une fois de plus ». Il y a donc redondance puisque l’idée de réitération est présente deux fois. La signification de chacun des mots indique qu’il y a une répétition.

 

On écrirait donc préférablement :

 

- Comme ils avaient encore du temps devant eux, ils ont redemandé des cafés au serveur. 

- Le vote a été demandé de nouveau, car il y avait eu confusion au moment du dépouillement du scrutin.

- Les enfants de Camille aiment tellement cette histoire qu’ils la redemandent chaque soir.

 

L’emploi du verbe redemander au sens de « réclamer ce que l’on a donné ou prêté » est tout à fait correct. Par contre, l’expression en redemander au sens d'« insister pour obtenir à nouveau quelque chose » appartient au registre familier et ne devrait donc pas figurer dans un texte de style soutenu.

 

Exemples :

 

- Jean a redemandé à Paul le disque qu’il lui a prêté.

- Ce chanteur est très populaire; à chacune de ses prestations, ses admirateurs en redemandent.


Rédiger par écrit

 

L’enchaînement rédiger par écrit que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Mon grand-père a eu un destin exceptionnel; voilà pourquoi je l’encourage à rédiger ses mémoires par écrit

- Plusieurs employés ont tendance à oublier les règles de sécurité; il vaudrait mieux les rédiger par écrit.

- C’est Paul qui doit rédiger par écrit le compte rendu de la réunion de ce matin.

 

En effet, le verbe rédiger vient du latin médiéval redigere, qui signifie à la fois « mettre par écrit dans une certaine forme » et « réduire ». En français moderne, ce verbe signifie « mettre par écrit, en particulier sous une forme définitive ou selon la forme requise » et la locution adverbiale par écrit signifie « sous la forme écrite, sur le papier ». Il y a donc redondance puisque l’idée de rédaction est présente deux fois.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Mon grand-père a eu un destin exceptionnel; voilà pourquoi je l’encourage à rédiger ses mémoires. 

- Plusieurs employés ont tendance à oublier les règles de sécurité; il vaudrait mieux les rédiger.

- C’est Paul qui doit rédiger le compte rendu de la réunion de ce matin.

 

L’expression pléonastique rédiger par écrit vient du sens premier du verbe rédiger qui signifiait autrefois « réduire, condenser ». Ainsi, à l’origine, l’expression rédiger par écrit n’avait rien de pléonastique puisqu’elle signifiait « résumer par écrit ». Cependant, comme le sens premier du verbe rédiger a aujourd’hui complètement disparu et que seul le sens moderne de « mettre par écrit » subsiste, il convient d’éviter toute redondance en omettant la locution adverbiale par écrit après le verbe.


Répéter deux fois

 

On emploie parfois les expressions relâchées répéter deux fois, répéter encore ou répéter de nouveau, pour indiquer qu’une parole est dite ou qu’une chose est faite deux fois. Il s’agit d’un pléonasme que l’on évitera dans la langue soignée, puisque le verbe répéter exprime déjà l’idée d’une reprise, d’un second accomplissement, d’une redondance. En fait, répéter deux fois quelque chose signifie exactement qu’on dit ou fait trois fois la même chose.

 

Exemples :

 

- Je vais répéter les consignes. (plutôt que : Je vais répéter une deuxième fois les consignes.)

- Il faudra veiller à ne pas répéter une telle erreur. (plutôt que : Il faudra veiller à ne pas répéter encore une telle erreur.)

- Pourriez-vous répéter ce que vous venez de dire? (plutôt que : Pourriez-vous répéter de nouveau ce que vous venez de dire?)

 

Toutefois, lorsque l’on veut insister ou indiquer une répétition multiple, il est possible d’employer, par exemple, des formules telles que répéter cent fois la même chose, répéter sans cesse ou toujours la même chose.

 

Exemples :

 

- Il répète encore et encore le même geste...

 

- Je dois le lui avoir répété au moins dix fois!


Réserver à l'avance

 

Les enchaînements réserver à l’avance et réserver d’avance que l’on trouve dans les exemples suivants sont considérés comme pléonastiques.

 

Exemples fautifs :

 

- Nous avons réservé deux places à l’avance pour cette pièce qui sera présentée la semaine prochaine. 

- Si l’on veut obtenir une table, il faut réserver d’avance.

- Paul et Marie ont demandé à leur agent de voyages de leur réserver à l’avance deux places sur le prochain vol pour Paris.

 

En effet, le verbe réserver signifie « faire mettre à part (ce qu’on veut trouver disponible plus tard) » et les locutions adverbiales à l’avance et d’avance signifient « avant l’heure fixée; par anticipation ». Il y a donc redondance puisque l’idée d’anticipation est présente deux fois.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Nous avons réservé deux places pour cette pièce qui sera présentée la semaine prochaine. 

- Si l’on veut obtenir une table, il faut réserver.

- Paul et Marie ont demandé à leur agent de voyages de leur réserver deux places sur le prochain vol pour Paris.


S'avérer vrai

 

L’enchaînement s’avérer vrai que l’on trouve dans les exemples suivants est traditionnellement perçu comme un pléonasme.

 

Exemples fautifs :

 

- Les prévisions météorologiques se sont avérées vraies.

- La rumeur qui circulait depuis quelque temps s’est avérée vraie.

 

En effet, le verbe s’avérer signifie étymologiquement « se révéler juste, vrai; se vérifier » et le mot vrai signifie « conforme à la vérité, à la réalité ». Il y a donc redondance puisque l’idée de vérité est présente deux fois. 

 

On écrirait préférablement :

 

- Les prévisions météorologiques se sont vérifiées.

- La rumeur qui circulait depuis quelque temps était vraie.

 

Le verbe avérer dérive du mot latin vērus, qui signifie « vrai ». Sur le plan étymologique, avérer signifie donc « rendre vrai ». De même, le participe passé avéré, employé beaucoup plus rarement de nos jours, signifie « certain, sûr, reconnu vrai », par exemple : un fait avéré.

 

Cependant, il convient de préciser que le sens étymologique du verbe avérer semble avoir été peu à peu oublié, surtout dans le cas de l’emploi pronominal s’avérer, qui demeure le plus courant de nos jours. En effet, le verbe s’avérer a connu une évolution sémantique; l’idée de « vérité » se perdant peu à peu, on en est venu à employer s’avérer comme un synonyme de se révéler, se montrer, être. Les exemples suivants sont donc jugés tout à fait acceptables.

 

Exemples :

 

- Les tests que nous avons effectués s’avèrent concluants.

- Ce sirop s’avère excellent pour soigner la toux et la congestion.

- Les démarches que nous avions entreprises s’avèrent inutiles.

 

Cette évolution de sens explique pourquoi l’emploi de s’avérer avec des adjectifs comme vrai, exact ou juste n’est plus jugée pléonastique par certains grammairiens.


S'entraider mutuellement

 

Les enchaînements s’entraider mutuellement et s’entraider réciproquement que l’on trouve dans les exemples suivants sont considérés comme pléonastiques.

 

Exemples fautifs :

 

- Tous les membres de la famille se sont entraidés mutuellement pour rénover la maison.

- Les agriculteurs s’entraident mutuellement et n’hésitent pas à prêter main-forte si l’un d’eux est en difficulté.

 

En effet, le verbe pronominal s’entraider signifie « s’aider mutuellement » et les adverbes mutuellement et réciproquement « d’une manière qui implique un échange entre des personnes ou des choses ». Il y a donc redondance puisque l’idée de réciprocité est présente deux fois. De même, les expressions s’entraider les uns les autres et entraide mutuelle sont pléonastiques.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Tous les membres de la famille se sont entraidés pour rénover la maison.

- Les agriculteurs s’aident mutuellement et n’hésitent pas à prêter main-forte si l’un d’eux est en difficulté.

 

Le verbe s’entraider n’existe qu’à la forme pronominale. Comme tous les verbes essentiellement pronominaux, le verbe s’entraider voit toujours son participe passé s’accorder en genre et en nombre avec le sujet du verbe. Exemples : Elles se sont entraidées; ils se sont entraidés; nous nous sommes entraidés.

 


S'esclaffer de rire

 

L’enchaînement s’esclaffer de rire que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Le spectacle de cet humoriste est une vraie réussite : la salle s’est esclaffée de rire du début à la fin.

- Les fillettes se sont esclaffées de rire dès qu’elles ont vu les clowns entrer en scène.

- Les comédies de Molière ne vieillissent pas; depuis plus de 300 ans, le public s’esclaffe de rire à chaque représentation.

 

En effet, le verbe pronominal s’esclaffer signifie « éclater de rire ». Il y a donc redondance puisque l’idée du rire est présente deux fois dans s’esclaffer de rire.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Le spectacle de cet humoriste est une vraie réussite : la salle s’est esclaffée du début à la fin.

- Les fillettes se sont esclaffées dès qu’elles ont vu les clowns entrer en scène.

- Les comédies de Molière ne vieillissent pas; depuis plus de 300 ans, le public éclate de rire à chaque représentation.

 

Le verbe s’esclaffer (qui s’écrit avec deux f) vient du provençal esclafa « éclater », qui est lui-même dérivé de clafa « frapper bruyamment ». À l’origine, le verbe s’esclaffer avait le sens général d’« éclater ». L’expression s’esclaffer de rire, qu’on trouve chez Rabelais dès 1534, marque ainsi une spécialisation de sens qui est demeurée dans l’usage jusqu’à nos jours, mais qui est maintenant perçue comme redondante puisque le verbe s’esclaffer n’a plus guère d’autre sens que celui d’« éclater de rire ».

 

Notons que le verbe s’esclaffer n’existe qu’à la forme pronominale. Comme tous les verbes essentiellement pronominaux, il voit toujours son participe passé s’accorder en genre et en nombre avec le sujet du verbe. Exemples : Elles se sont esclaffées; ils se sont esclaffés; nous nous sommes esclaffés.


Unanimité totale

 

Les enchaînements unanimité totale et tous sont unanimes que l’on trouve dans les exemples suivants sont considérés comme pléonastiques.

 

Exemples fautifs :

 

- Ce projet de relance a fait l’unanimité totale chez les cadres de l’entreprise. 

- Tous les spectateurs ont été unanimes pour dire que la représentation était brillante.

- Les parents sont tous unanimes : il faut beaucoup d’énergie pour s’occuper d’un nouveau-né.

 

En effet, les mots unanimité et unanime viennent tous deux du latin unanimitas « accord, harmonie », qui a été formé à partir des mots unus « un seul » et animus « âme ». Ainsi, l’étymologie du mot renvoie à l’idée d’unisson, d’accord de pensée et de sentiments entre personnes. En français, les mots unanimité et unanime sont employés pour exprimer un avis commun à tous, un accord complet et les mots tous et totale désignent tous deux la totalité, la somme de toutes les parties. Il y a donc redondance puisque l’idée de totalité est présente deux fois. Chacun des éléments renvoie à l’ensemble, à la globalité des instances ou des personnes considérées qui s’expriment à l’unisson. 

 

On écrirait plus correctement :

 

- Ce projet de relance a fait l’unanimité chez les cadres de l’entreprise.

- Les spectateurs ont été unanimes pour dire que la représentation était brillante.

- Les parents sont unanimes : il faut beaucoup d’énergie pour s’occuper d’un nouveau-né.

 

Notons que, lorsqu’il est suivi d’un verbe à l’infinitif, l’adjectif unanime se construit indifféremment avec les prépositions à ou pour.

 

Exemples :

 

- Les témoins de l’accident sont unanimes à croire que le conducteur s’était endormi au volant.

- Les économistes sont unanimes pour souhaiter que les marchés reprennent leur essor.

 

Voire même

 

L’enchaînement voire même que l’on trouve dans les exemples suivants est considéré comme pléonastique.

 

Exemples fautifs :

 

- Cette voiture est peu sûre, voire même dangereuse. 

- Charlotte était emballée, voire même surexcitée à l’idée de s’envoler pour Paris.

- Il est souvent difficile, voire même impossible de répondre aux attentes de tous.

 

En effet, l’adverbe voire signifie « et même ». Dans l’expression voire même, il y a donc redondance puisque chacun des deux adverbes marque un renchérissement.

 

On écrirait plus correctement :

 

- Cette voiture est peu sûre, et même dangereuse. 

- Charlotte était emballée, voire surexcitée à l’idée de s’envoler pour Paris.

- Il est souvent difficile, voire impossible de répondre aux attentes de tous.

 

De plus en plus de grammairiens reconnus se montrent tolérants envers l’expression pléonastique voire même, qui est très répandue, tant à l’oral qu’à l’écrit. Cette tolérance s’appuie sur le sens premier du mot voire qui signifiait autrefois « vraiment, sans aucun doute ». Plusieurs grammairiens allèguent ainsi que le tour voire même ne serait pas pléonastique, mais plutôt archaïsant au sens de « et vraiment même » et qu’il constituerait ainsi un renforcement.

Il faut cependant savoir que l’expression voire même est encore critiquée dans bon nombre d’ouvrages; il convient donc de l’éviter, en particulier dans un texte soutenu.


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