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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Les nuances sémantiques (B)

Publié par Fawzi Demmane sur 21 Juin 2009, 18:01pm

Catégories : #Vocabulaire

 

Baser et fonder

 

C'est dans le sens de « prendre pour base, pour fondement; faire reposer, appuyer » que les verbes baser et fonder sont synonymes.

 

Exemples :

 

- L'avocat a fondé (ou basé) sa plaidoirie sur un principe de droit.

- Les gens fondent (ou basent) généralement leur opinion sur des impressions, des ouï-dire.

- Les chercheurs ont basé (ou fondé) leur théorie sur l'observation d'animaux en milieu naturel.

- Cet homme fonde (ou base) son emprise sur la crainte qu'il inspire à ceux qui l'entourent.

 

Ils sont également synonymes employés à la voix pronominale, dans le sens de « s'appuyer sur », et en emploi adjectival comme participe passé.

 

Exemples :

 

- Sur quoi se basent-ils (ou se fondent-ils) pour critiquer notre projet?

- Sur quelles preuves vous fondez-vous (ou vous basez-vous) pour porter de telles accusations?

- Les historiens se sont fondés (ou se sont basés) sur des documents de première main.

- Un récit basé (ou fondé) sur des témoignages bouleversants.

- Une collaboration fondée (ou basée) sur le respect et la confiance.

- Une analyse basée (ou fondée) sur une enquête approfondie.

 

Cette synonymie a fait l'objet d'une polémique « académicienne » au XIXe siècle, mais on peut dire aujourd'hui que l'affaire est close et que baser est irréversiblement passé dans l'usage. En effet, on n'en trouve plus guère aujourd'hui pour condamner son emploi; le seul à résister est le conservateur Dictionnaire de l'Académie française qui fut un des premiers à l'admettre en 1798 et qui, à la suite du combat mené par quelques puristes dont l'académicien Royer-Collard qui avait en outre prononcé ce mot devenu célèbre à propos de baser : « s'il entre, je sors », l'a supprimé de l'édition de 1835 et refusait encore, dans sa dernière édition, de l'admettre. Certains auteurs écriront, tout au plus, que l'emploi de baser a été critiqué ou qu'il est préférable, dans un style plus soigné, de recourir à fonder.

 

Baser n'est pas pour autant synonyme de fonder dans tous les contextes. Il ne peut, en effet, être substitué à fonder lorsque ce verbe a le sens d'« être le premier à bâtir, à peupler une ville » ou celui d'« être à l'origine d'une chose, la créer, la constituer ».

 

Exemples :

 

- Champlain a fondé Québec en 1608.

- Ce multimillionnaire a fondé sa propre entreprise à vingt ans.

- Des citoyens déçus veulent fonder un nouveau parti politique.

 

Par extension, on dit aussi fonder une famille, un foyer pour signifier « se marier et avoir des enfants »; fonder sur quelqu'un de grands espoirs, c'est-à-dire « croire en ses possibilités, à son succès ».

 

La forme passive être fondé à signifie « avoir de bonnes raisons pour », par exemple : être fondé à croire, à penser, à réclamer. Cette locution se construit de nos jours avec la préposition à; être fondé de est considéré comme vieilli en français actuel même si son emploi est encore assez fréquent dans la langue courante.

 

Exemples :

 

- La population n'est absolument pas fondée à penser (plutôt que fondée de penser) que des élections seront déclenchées au printemps.

- Tu es parfaitement fondé à réclamer (plutôt que fondé de réclamer) une compensation pour les inconvénients que tu as subis.

- Après avoir pris connaissance des faits, les auteurs du rapport se sont dits fondés à croire (plutôt que fondés de croire) que les dirigeants ont falsifié des rapports d'activité.

 

Employé comme adjectif, fondé a le sens de « juste, motivé, légitime », par exemple : des critiques fondées, des soupçons non fondés.

 

De son côté, baser connaît lui aussi un sens qui lui est propre, celui d'« établir une base militaire, y poster des effectifs ».

 

Exemples :

 

- Le gouvernement a décidé de baser des troupes dans cette région stratégique.

- De nouvelles forces militaires seront basées à l'étranger.

- Ils ont rejoint le porte-avions basé dans le Golfe.



Bénéficier et profiter

 

Bénéficier et profiter, lorsqu’ils sont suivis de la préposition de, signifient tous deux « tirer profit de quelque chose, en tirer un avantage ». Toutefois, ces deux verbes ne sont pas parfaitement synonymes; dans certains cas, on ne peut les intervertir. Les phrases ci-dessous, par exemple, peuvent laisser perplexe.

 

Exemples douteux :

 

- Gilles n’a pas bénéficié de ses vacances.

- Carole veut bénéficier de la marée basse pour marcher sur la plage.

- Les familles à faible revenu profitent de quelques avantages fiscaux.

- L’accusé a profité d’une immunité.

 

Généralement, on utilise le verbe profiter quand la personne qui tire un avantage de quelque chose en est consciente.

 

Exemples :

 

- Gilles n’a pas profité de ses vacances.

- Carole veut profiter de la marée basse pour marcher sur la plage.

- René est jeune, il profite de la vie.

- Les joueurs n’ont pu profiter longtemps de leur victoire.

 

Le verbe bénéficier, contrairement à profiter, donne à penser que le sujet tire profit de quelque chose sans l’avoir vraiment cherché.

 

Exemples :

 

- Les familles à faible revenu bénéficient de quelques avantages fiscaux.

- Jeanne a bénéficié de la sympathie de son patron.

- Sara a bénéficié de l’aide de ses amis pour son déménagement.

 

Autre nuance, on peut employer le verbe profiter quand le sujet abuse d’une situation ou des faiblesses d’une personne et lorsqu’il se sert de quelqu’un ou de quelque chose à son propre avantage. Bénéficier ne peut être utilisé en ce sens.

 

Exemples :

 

- Certaines personnes fortunées profitent d’avantages fiscaux démesurés.

- Marc a profité de la naïveté de Marie-Claude en lui mentant de la sorte.

 

Enfin, le verbe bénéficier, quant à lui, est également utilisé dans le domaine juridique : on peut bénéficier de droits ou de privilèges. Le verbe profiter n’est pas employé en ce sens.

 

Exemple :

 

- Son client bénéficie d’un sursis.

 


Bougie et chandelle

 

Souffle-t-on les bougies ou les chandelles sur un gâteau d’anniversaire? Un peu d’histoire peut nous aider à comprendre la différence entre les deux mots.

 

Traditionnellement, la chandelle était faite d’une mèche tressée entourée de suif, alors que la bougie consistait en une mèche tressée entourée de cire provenant de la ville de Bougie en Algérie. La chandelle fumait et était peu chère, puisqu’elle était faite à partir du gras des animaux que l’on tuait pour se nourrir, alors que la bougie brûlait plus proprement et était onéreuse, car il fallait importer la matière première pour la produire. Les riches et le clergé s’éclairaient donc à la bougie, alors que les pauvres devaient se contenter de la chandelle. Avec le temps, de nouveaux matériaux, comme la stéarine et la paraffine, ont fait leur apparition pour fabriquer les bougies et les rendre plus abordables.

 

Du point de vue linguistique, les ouvrages de référence marquent le nom chandelle comme vieilli, alors que le nom bougie désigne en français standard tout appareil d’éclairage fait d’une mèche tressée entourée de stéarine, de cire, de paraffine, etc., que l’on fait brûler.
 

Par ailleurs, le nom chandelle(s) survit dans plusieurs expressions : voir 36 chandelles, un souper aux chandelles, brûler la chandelle par les deux bouts, devoir une fière chandelle à quelqu’un, le jeu n’en vaut pas la chandelle, des économies de bouts de chandelles, etc.

 

Lors d’un anniversaire, il est donc possible de souffler les chandelles ou de souffler les bougies qui ornent le gâteau.



But et objectif

 

On hésite parfois entre les noms but et objectif, qui ont des sens très proches puisqu’ils expriment tous deux l’idée d’une cible ou d’une fin à atteindre.

 

Au sens propre, but sert à désigner un point matériel ou un objet que l’on veut toucher avec un projectile. Par extension, il sert aussi à désigner un point de l’espace que l’on tente d’atteindre. En sport, il indique l’endroit où l’on doit envoyer un objet pour marquer un point et, par métonymie, le point marqué.

 

Exemples :

 

- Les militaires doivent effectuer des exercices de tir sur des buts mobiles.

- Ils ont atteint le but de leur expédition, le sommet du mont Albert, en moins de trois heures.

- Olivier rêve d’être un jour gardien de but dans une ligue de foot professionnelle.

- L’équipe locale a marqué le but une minute avant la fin de la partie.

 

Au figuré, but exprime une fin que l’on souhaite atteindre, une intention qui nous pousse à agir, en parlant d’un projet particulier ou d’un projet plus général qui n’a pas d’échéance temporelle précise.

 

Exemples :

 

- Un groupe de manifestants protestait contre le clonage à buts thérapeutiques.

- Cet organisme sans but lucratif offre différents services aux personnes agées de la région.

 

Quant au nom objectif, il signifie, au propre, « point ou espace défini qui est ciblé », en parlant principalement d’une opération militaire. Dans un sens bien différent, il peut aussi désigner le système optique d’un appareil, ou l’appareil lui-même, que ce soit d’une lunette, d’un microscope ou d’un appareil photographique ou cinématographique.

 

Exemples :

 

- Un peu avant le lever du jour, les pilotes ont bombardé leur principal objectif ennemi.

- L’objectif de ma caméra a été endommagé pendant notre voyage.

 

Au figuré, objectif signifie « résultat visé par une action ». La cible de l’objectif est généralement précise et concrète.

 

Exemples :

 

- Votre objectif de perdre cinq kilos en un mois vous paraît-il réaliste?

- La réduction des dépenses est l’objectif principal à court terme de cette restructuration.

- Notre principal objectif est de répondre de façon rapide et efficace aux demandes de nos clients.

 

En résumé, au sens propre, les noms but et objectif peuvent tous deux désigner une cible matérielle que l’on souhaite atteindre. Toutefois, dans l’usage, on constate que le but est généralement un point ou un objet précis et que l’objectif peut être une cible plus grande, comme un espace.

 

Exemples :

 

- Les projectiles ont tous passés à côté de leur but. (ou : à côté de leur objectif)

- Les militaires ont fait exploser des objectifs stratégiques en évitant les bâtiments civils.

 

Au figuré, c’est le nom but qui a un sens plus général et qui exprime souvent des résultats plus abstraits. L’objectif est une fin à atteindre plus concrète, plus précise. On pourrait ainsi dire que la réalisation d’un but peut découler de celle de plusieurs objectifs. Cependant, dans bien des contextes, on emploie ces deux noms comme synonymes.

 

Exemples :

 

- Notre but de modifier les comportements de la population en matière d’environnement pourra être atteint par la réalisation de différents objectifs (amélioration du transport en commun, du recyclage, etc.).

- Cet enseignant a pour but de donner à ses élèves le goût d’explorer et de découvrir la nature. (ou : cet enseignant a pour objectif).


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