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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Arracher

Publié par Fawzi Demmane sur 13 Novembre 2010, 18:32pm

Catégories : #Le bon usage

 

ARRACHER, verbe trans.


I. Emploi trans.


A. [Le suj. désigne gén. une pers., une manifestation de la pers., parfois une force naturelle ou mécanique; un obj. secondaire, la prép. à précise, quand il y a lieu, la pers. à qui on a enlevé qqc.] Arracher qqc. (à qqn).


1. [L'obj. désigne une chose concr.]


a) [Une plante qui tient au sol par ses racines ou ses tubercules, etc.] Déraciner, extraire du sol avec effort. Arracher les pommes de terre, arracher les vignes. Anton. planter :

 

1. Un jour il voyait des gens du pays très occupés à arracher des orties. Il regarda ce tas de plantes déracinées et déjà desséchées, et dit : c'est mort.
HUGO


2. D'autres fois, il s'apaisait dans son cher jardinage. Jardinage simple, sorte de bricolage horticole, qui consistait à arracher les mauvaises herbes, tailler les arbrisseaux, tondre la pelouse, tailler le bois. Toujours détruire, comme dans sa vie. Il est vrai que, lorsqu'on surprend au travail des jardiniers professionnels, ils sont toujours eux aussi en train de couper quelque chose.
MONTHERLANT


P. métaph., emploi abs. :

 

3. Imitez le temps; il détruit tout avec lenteur; il mine, il use, il déracine, il détache et n'arrache pas.
JOUBERT


Pop. En arracher. Avoir des difficultés.


b) P. anal. [Une partie du corps munie d'une racine ou de tout autre élément qui l'attache] Extraire avec effort de son logement naturel. Arracher une dent à qqn.


P. métaph. [La pers. à qui on arrache est un avare qui donne difficilement] Je lui ai arraché une dent.


Par euphémisme, vieilli. Arracher la vie à qqn. Le faire périr de mort violente.


Détacher violemment. La machine lui a arraché un bras; arracher qqc. des mains de qqn.


Syntagmes (emplois métaph.)


Arracher le cœur à qqn. Lui causer une grande peine :

 

4. Son orgueil la cloua sur sa chaise. Elle voulut paraître calme, ne pas montrer au jeune homme, qui sifflait avec tranquillité, à quel point son départ lui arrachait le cœur.

ZOLA


Arracher à qqn une épine du pied. Tirer (quelqu'un, soi-même) d'affaire, d'embarras.


Il vaut mieux laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez. Il vaut mieux supporter un petit mal que d'y remédier par de grands moyens qui peuvent en causer un plus grand.


Vous lui arracheriez plutôt la vie. Sous-entendu : que d'obtenir qu'il fasse telle chose qui lui inspire une répugnance extrême.


Arracher les yeux à qqn. Être à la vue de quelqu'un dans une irritation telle qu'on est capable d'en venir aux mains :

 

5. Pauvre Gilbert, quel supplice, n'est-ce pas? Vous avez peur qu'on ne vous rencontre ainsi? Savez-vous que je ne suis pas rassurée non plus! Si l'une de vos belles connaissances nous voit, elle va m'arracher les yeux. Cette main qui s'appuyait sur le bras de Gilbert, ce corps que le hasard de la marche pressait parfois contre lui, et ces longues plaisanteries... quel énervement!
ARLAND


Rem. Cette expr. s'emploie dans le même sens avec la tournure pronom. S'arracher les yeux.


P. anal. Arracher le masque à qqn. Démystifier, faire connaître au grand jour les intentions de quelqu'un :

 

6. « C'est faux! hurla Paulus, cette danseuse ment! J'arracherai son masque et le ferai connaître! ... »
BOUILHET


Arracher à qqn le pain de la bouche. Lui enlever son gagne-pain.


c) P. ext. [L'obj. désigne une chose concr. fixée, attachée ou adhérant à qqc.] Enlever avec effort ou avec violence. Arracher une affiche, une page, un fil :

 

7. L'hôtel du Nord fut livré à un entrepreneur de démolitions. Des ouvriers arrachèrent les fils électriques, les tuyaux de plomb, enlevèrent les portes, les fenêtres, démantibulèrent la maison pièce par pièce, comme une machine, et entassèrent le matériel dans la cour de Latouche.
DABIT


Spécialement


CHAPELLERIE. Arracher le jarre. Arracher le poil luisant sur les peaux de castor.


GÉOMORPHOLOGIE. [Le suj. désigne le courant d'un fleuve] Arracher des fragments de roche. Provoquer une érosion rapide.


GRAV. Enlever des parties déjà gravées d'une plaque de cuivre afin de modifier l'ensemble de celle-ci.


SP., au fig. HALTÉROPHILIE. Faire le mouvement de l'arraché avec un poids . SP. CYCLISTE. Arracher une côte. La grimper rapidement et avec une remarquable énergie.


Rem. S'il y a une indication de lieu, elle est gén. introduite par la prép. de. Arracher un clou d'une muraille.


P. métaph. Arracher une opinion de l'esprit, de la tête de quelqu'un :

 

8. Caderousse regarda le jeune homme comme pour arracher la vérité du fond de son cœur. Mais Andrea tira une boîte à cigares de sa poche, y prit un havane, l'alluma tranquillement et commença à le fumer sans affectation.
A. DUMAS


2. [L'obj. désigne une chose plus ou moins abstr.]


a) [Une faveur, une chose difficile à obtenir] Obtenir péniblement, après un gros effort personnel. Arracher à qqn une somme d'argent, un aveu :

 

9. Les peuples murmuraient de ce qu'on leur arrachait ainsi leur argent, qui ne profitait jamais à la chose publique.
BARANTE


10. On ne pouvait lui arracher une parole. Ses lèvres amincies et serrées semblaient arrêter au passage des plaintes et des reproches.
A. FRANCE


SYNT. Arracher à qqn une approbation, une audience, une concession, une parole, une promesse, un secret.


b) [Le suj. désigne un événement très intense, gén. pénible; l'obj. désigne une réaction intense de la sensibilité] Obtenir péniblement grâce à la charge affective de l'événement. Arracher à qqn une exclamation, des larmes, un sourire :

 

11. La garde a tiré
Le sang a coulé...
Mille blessés, cent morts,
Est-ce assez?
L'affreux souvenir nous arrache
Des cris d'horreur.

LARBAUD


SYNT. Arracher à qqn une exclamation, une plainte, des soupirs.


B. Arracher qqn à qqn, à qqc. Ôter en usant de violence.


1. [Avec un obj. secondaire précisant la pers. qui tient à la pers. arrachée] Arracher un enfant à sa mère :

 

12. Si elle avait vraiment voulu... Jacques Malessert... elle le savait bien : il lui aurait suffi de profiter du trouble que sa seule présence mettait au cœur du jeune homme; elle aurait pu le tenir en son pouvoir, le dominer, le lier à elle par les liens de la chair, et alors, en dépit de tout, l'entraîner, l'arracher à Irène... Elle haussa les épaules : il n'en valait pas la peine.
DANIEL-ROPS


[Emploi de la prép. de]


a) [Lorsque l'obj. secondaire désigne non pas la pers. mais la partie (le lieu) de son être qui tient la pers. qu'on lui enlève, la prép. est d'ordinaire de] Arracher un enfant des (d'entre les) bras de sa mère. (Au fig.) arracher un peuple des mains de l'occupant, de l'envahisseur :

 

13. ... le faux nègre s'était dit : « il est évident que Rocambole est mort, qu'il a livré le secret de sir Williams, et que, à cette heure, le comte et Baccarat ont pris toutes les mesures nécessaires pour sauver monsieur de Kergaz et l'arracher des griffes de son frère. (...) »
PONSON DU TERRAIL


b) [Il en est de même lorsque l'obj. secondaire désigne un lieu] :

 

14. LE BARON. Fais-les avancer. Valentin se met à la tête de sa troupe, qui s'avance en bon ordre, et vient se ranger en bataille. Mes amis, le chef des brigands qui désolent l'Allemagne, Roger ose me menacer; il prétend arracher de ces lieux une victime que vous avez soustraite à sa fureur, mais je compte sur votre courage pour défendre une aussi juste cause.
GUILBERT DE PIXERÉCOURT


15. ... La cloche avant le jour m'arrache de mon lit :
Je crois entendre, au son de sa voix balancée
L'ange qui du sommeil appelle ma pensée,
Et lui donne à porter son fardeau pour le jour;
LAMARTINE


16. Et c'était lui, maintenant, dont l'accent frémissait, tandis que Jacques, ramassé dans son fauteuil, tendait vers le poêle une figure farouche qui semblait dire : « Père va mourir, tu viens m'arracher d'ici, c'est bien, je partirai, mais qu'on ne m'en demande pas plus. »
R. MARTIN DU GARD


2. [Avec un obj. secondaire exprimant une chose abstr.] Détacher en usant de violence ou d'énergie (et parfois) délivrer quelqu'un de quelque chose.


a) [L'obj. secondaire désigne une occupation] Arracher qqn à ses études :

 

17. Il semble qu'un rêve soit dissipé, qu'une captivité magique arrive à son terme, que le chant du coq fasse évaporer les fantômes, dont nous entouraient la solitude et le crépuscule. Le milieu du jour nous plonge dans la réalité, et nous arrache à la contemplation. Cela est bon aussi à son heure. « Travaille pendant qu'il fait jour. »
AMIEL


b) [Il désigne une chose qui pèse sur un être comme une fatalité] Arracher l'homme à la tyrannie, à la solitude, à la torpeur morale :

 

18. « ... Je veux arracher mes frères à la misère et à l'ignorance! Je veux les instruire, les amener à connaître et à aimer Dieu! Je veux être missionnaire! »
VERNE


19. On peut imaginer beaucoup de moyens propres à donner satisfaction aux désirs les plus pressants des classes malheureuses. Pendant longtemps ces projets d'amélioration furent inspirés par un esprit conservateur, féodal ou catholique; on voulait, disaient les inventeurs, arracher les masses à l'influence des radicaux.
SOREL


20. Ma vie dans les premiers instants n'avait qu'une idée; l'arracher à la mort, l'enlever, morte, à la mort, la forcer à revivre quelque part, en moi, en nous, la ressusciter, par force, au moyen d'une concentration de moi-même. Elle était peut-être morte pour d'autres; pas pour moi.
JOUVE


II. Emplois pronom. S'arracher.


A. [Le pronom exprime la pers., obj. second. indir. (me, se, etc.; à moi, à soi, etc.)] S'arracher qqn ou qqc.


1. [Le pronom a valeur de réciprocité; l'obj. dir. désigne une pers. ou une chose très appréciées] S'arracher qqc. ou qqn. Le rechercher avec empressement comme si on avait à se le disputer les uns aux autres :

 

21. ZOÉ. Oui, mais comment avoir ces quatre voix? On a tant de peine à en avoir une!
CÉSARINE. Tout le monde se les arrache.
BERNARDET. Souvent la même sert à deux ou trois ministères successifs.
SCRIBE


22. Ce qui offensait Antoine, c'était l'abominable imagerie religieuse que les pèlerins s'arrachaient, ces Jésus de bonbonnière, la poitrine ouverte, montrant leur cœur sanguinolent.
ZOLA


Loc. proverbiale, fam. [L'obj. dir. désigne une pers. très recherchée pour toutes les formes de la vie de société] On se l'arrache.


2. [Le pronom a valeur de réfléchi; l'obj. dir. exprime une chose concr. ou abstr.; supra I A] S'arracher une épine du pied, etc.


Loc. proverbiales


Au sens littér. ou p. métaph. S'arracher les cheveux. Être au comble du désespoir :

 

23. John prévit que leur ivresse allait bientôt amener des scènes terribles. On ne pouvait compter sur le capitaine pour les retenir. Le misérable s'arrachait les cheveux et se tordait les bras. Il ne pensait qu'à sa cargaison qui n'était pas assurée.
VERNE


S'arracher les yeux.


a) S'irriter :

 

24. Sous l'Empire, les personnes d'opinions contraires pouvaient se voir sans s'arracher les yeux...
Mme DE CHATEAUBRIAND


b) Éprouver de la difficulté à déchiffrer un texte mal écrit ou mal imprimé.


S'arracher les yeux de la tête. Se priver d'un être précieux :

 

25. Je me suis arraché les yeux de la tête en me privant de mes vieux conseillers.
VITET


B. [Le pronom exprime l'obj. dir.]


1. Emploi passif :

 

26. Les plumes d'un oiseau mort s'arrachent difficilement.
Lar. 19e, 1866.


2. Emploi réfléchi


27. Vois : je l'ai fait emplir de reliques, ma chère;
Puis je vais l'envoyer à Neubourg, à mon père;
Il sera très content!
(Elle rêve un instant, puis s'arrache vivement à sa rêverie. À part.)
Je ne veux pas penser!
Ce que j'ai dans l'esprit, je voudrais le chasser.
HUGO


28. Gemon, crie, tentant de s'arracher à son étreinte.
Mais père, tu vois bien qu'ils l'emmènent! Père, ne laisse pas ces hommes l'emmener!
ANOUILH

 

 

 


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