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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Ce que le jour doit à la nuit.

Publié par Fawzi Demmane sur 29 Novembre 2010, 23:55pm

Catégories : #Littérature

 

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ROMAN
Ce que le jour doit à la nuit, de Yasmina Khadra
Editions Julliard, août 2008, 413 p.

Elu meilleur livre de l'année 2008.

 

 

"Quelle mutation était en train de s'opérer en moi? Pourquoi m'en voulais-je d'être quelqu'un de sensé? La correction devrait-elle primer sur la sincérité? A quoi servirait l'amour s'il ne supplantait pas les sortilèges et les sacrilèges, s'il devait s'assujettir aux interdits, s'il n'obéissait pas à sa propre fixation, à sa propre démesure?..."

 

 

 

Les souffrances du jeune Younes. Comme le héros de Goethe, Younes, né en Algérie au début des années 30, est un émotif à la sensibilité si grande qu’elle lui gâche la vie. Il réfrène l’exaltation et l’impétuosité de ses sentiments en raison d’idées reçues sur l’honneur et la loyauté et s’inflige une culpabilité d‘autant plus néfaste qu’injustifiée.

Younes aurait-il hérité du fardeau de son père? Un père contre lequel s’acharnent les coups du sort et qui refuse toute aide sous prétexte d’honneur. Malédiction ou péché d’orgueil? Installée dans un quartier pauvre et malfamé d’Oran après que ses champs sont partis en fumée, la famille survit misérablement. Après avoir une fois de plus perdu toutes ses économies et s’être vengé par un crime, le père renonce à servir de modèle à son fils et le confit à son frère pharmacien, un homme plein d‘idéaux et de sagesse. A peine entre les mains de l’oncle que Germaine, sa femme française, le baptise Jonas. Coup de pouce à l’intégration parmi les enfants de colons? Jonas fait désormais partie d’une bande d’inséparables amis, deux roumis et un Juif. Las, les quatre copains sont amoureux d’une même fille. Emilie flirte avec deux d‘entre eux, se marie avec le troisième, mais c’est Jonas qu’elle aime. Jonas, lié par un serment, ne lui avouera jamais ses sentiments. En toile de fond de cette situation assez racinienne, les égratignures de la seconde guerre mondiale, le débarquement américain en 1942 (apportant le rêve de prospérité en même temps que ses boîtes de corned-beef) et, surtout, la montée du nationalisme avec, à partir de 1954, la guerre d’indépendance de l’Algérie.

On admire les images percutantes de Khadra (« exodes dysentériques » , « cris sismiques », « robe lactescente », « silhouette dunaire », « somnambulisme diurne », « filles suintantes de maquillage », « carreaux en larmes »…) et la luxuriance de son vocabulaire puisé dans la langue arabe (parmi lequel on retrouve baraka, bled, gourbi, saroual, souk, burnous, salamalec…). Il démonte avec douleur le mythe de l’honneur et celui de la fatalité. Si Jonas découvre déjà à onze ans que « tout se façonne dans la tête » et que les apparences régissent le monde, ce n’est que bien plus tard qu’il réalise, sous prétexte de loyauté, n’avoir pas eu le courage de ses convictions. C’est de l’aptitude à relever les défis et à prendre en main son bonheur dont il est ici question. L’auteur montre en outre comment l’incompréhension réciproque entre colons (« ce pays nous doit tout ») et indigènes (« cette terre ne vous appartient pas, le malheur y sévit depuis que vous avez réduit des hommes libres au rang de bêtes de somme ») dégénère en bain de sang avec, au premier rang des victimes,des musulmans pacifiques et des Européens non colons. L'auto-culpabilisation de l’enfant, le déchirement causé par l’appartenance à deux milieux opposés, la trahison de l’ami sont également des thèmes abordés dans ce roman pour souligner que, malgré les catastrophes et les aléas de la vie, il n’y a de malédiction que celle qu’on est prêt à prendre sur ses épaules.

 

 

 

 

 

par Valérie Lobsiger

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ANONYME 07/01/2011 12:28



Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de coeur! Je le recommande fortement! Cela fait bien 5 jours que j'ai fini le roman et j'y pense tous les jours. J'en suis encore toute
chamboulée. Le plus bizarre c'est que je ne peux pas complètement expliqué pourquoi. Enfin si, une partie de cette histoire résonne chez moi comme si on me racontait ma vie en ce moment.
Évidemment il faut faire la transposition du lieu et de l'époque, mais encore... c'était quelque peu prophétique tout ça. N'empêche que, même sans ce hasard, j'ai été complètement séduite et
portée par l'histoire de Jonas (Younes).


De plus l'écriture est absolument magnifique. Il est de ces romans dont on a envie de noter toutes les phrases tellement elles sont pleines de beauté, de vérité. Parfois une seule phrase ressort
du lot. D'autres fois aucune. Ici, ce sont plusieurs phrases qui m'ont profondément touchées. Des phrases que ne n'ai depuis cessé de retourner lire. Je les connais déjà par coeur. Elles sont
entrées dans le palmarès de mes plus belles citations. Elles m'ont même redonner envie de recommencer un cahier de citations, comme j'en tenais un autrefois.



Anonyme 30/11/2010 21:46



Moi par contre , je n'ai pas eu votre chance!


je n'ai pas encore lu ce roman !


j'attends , peut être prochainement , j'en aurais l'occasion.En tous cas vos commentaires et ces passages choisis me font déja rever!


 



Wicky 30/11/2010 17:16



Juste à coté du cocktail amour, amitié, haine, guerre, sang.... on trouve un plat savoureux, délicieux, magnifique : une prose qui vous emporte dans son sillage, vous fait voyager, rêver : qui
vous presse le cœur à en pleurer, une prose qui vous libère à en rire. Un verbe et un adjectif qui décrivent le pays de tous les possibles : l’Algérie, extrêmement  tragique et délicieuse,
comme une maîtresse aveuglée par l'amour et imperturbable poursuivant son amant, son destin.



ZAHRA 30/11/2010 16:48



Prix du Meilleur Livre de l'année 2008 bien mérité: rien à ajouter...
Des amitiés bafouées, des amours impossibles, des secrets, des émotions, des odeurs méditerranéennes, de la poudre et du sang qui coule, et qu'en dire des larmes !!!!

Il m'a manqué quelque chose... du genre intense, et pourtant le roman est assez intense... alors quoi ?
Peut-être que Younes/Jonas m'a lâchée parfois.... Son calme olympien, sa faculté de subir les choses....
Un truc perso quoi !!



Blanche Colombe 30/11/2010 16:26



"Je mesurais l'immense gâchis que j'incarnais. Pourquoi? Pourquoi étais-je obliger de passer si près du bonheur sans oser m'en emparer? Qu'avais-je perpétré de si révoltant pour mériter de voir
la plus belle des histoires me filer entre les doigts comme le sang brulant d'une plaie? Qu'est-ce que l'amour s'il ne peut que constater les dégâts? Que sont les mythes si ses amants sont
incapables d'aller au delà d'eux mêmes, de braver la foudre du ciel, de renoncer aux joies éternelles pour un baiser, une étreinte, un instant auprès de l'être aimé? "

Yasmina Khadra


Que de questions, en effet! N'est-ce pas cela qui fait le tragique de la destinée humaine? N'est-ce pas là une preuve de la précarité de sa condition? Mais cette incapacité à trancher, à trouver
des réponses claires et définitives n'est elle pas la seule chose qui permets de nous maintenir en haleine et de perpétuer notre quête pleine d'espérance? Ne sont-ce pas les certitudes et non les
doutes qui détruisent l'homme?
Voilà ce à quoi me fait penser ce passage de Yasmina Khadra.



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