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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Ce que le jour doit à la nuit. (Livre audio) Part 2 - Chap 8

Publié par Fawzi Demmane sur 11 Janvier 2011, 16:19pm

Catégories : #Bibliothèque sonore

 

 

http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782848682464.jpg

 

Ce que le jour doit à la nuit

 

 

PARTIE 2


RIO SALADO

 

CHAPITRE 08.mp3

 

 

 

 

.... Le jeudi, dans un patio effervescent de cousins et de cousines, alors que je me sentais un peu perdu dans le charivari, Isabelle m’avait saisi par le coude et présenté aux siens : « C’est mon camarade préféré ! ».


Mon premier baiser, c’est à elle que je le dois. Nous étions dans le grand salon, chez elle, au fond d’une alcôve coincée entre deux portes-fenêtres. Isabelle jouait du piano, le dos roide et le menton droit. Assis à côté d’elle sur le banc, je contemplais ses doigts fuselés qui couraient comme des feux follets sur les touches du clavier. Elle avait un talent fou. Soudain, elle s’était arrêtée et, avec infiniment de délicatesse, avait rabattu le couvercle sur le clavier. Après une courte tergiversation, ou bien une courte méditation, elle s’était retournée vers moi, m’avait pris le visage entre ses mains et avait posé ses lèvres sur les miennes en fermant les yeux d’un air inspiré.

Le baiser m’avait paru interminable.
Isabelle avait rouvert les yeux avant de se retirer.
– Vous avez senti quelque chose, monsieur Jonas ?
– Non, lui répondis-je.
– Moi, non plus. C’est curieux, au cinéma, ça m’a semblé grandiose... Je suppose qu’il faudrait attendre d’être adultes pour ressentir vraiment les choses.
Plongeant son regard dans le mien, elle avait décrété :
– Qu’importe ! Nous attendrons le temps qu’il faudra.

Isabelle avait la patience de ceux qui sont persuadés que les lendemains se font pour eux. ....
....A un âge où l’éveil est aussi douloureux que les premiers saignements chez une fille, ça vous stigmatise au fer rouge. J’étais choqué, troublé comme au sortir d’un sommeil artificiel. Désormais, je n’allais plus percevoir les choses de la même façon. Certains détails, que la naïveté de l’enfance atténue au point de les occulter, reprennent du poil de la bête et se mettent à vous tirer vers le bas, à vous harceler sans répit, à se substituer à vos hantises si bien qu’en fermant solidement vos paupières, elles ressurgissent dans votre esprit, tenaces et voraces, semblables à des remords.

Isabelle m’avait sorti d’une cage dorée pour me jeter dans un puits.

Adam éjecté de son paradis n’aurait pas été aussi dépaysé que moi, et sa pomme moins dure que le caillot qui m’était resté en travers de la gorge.


 

 

 

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