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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


De toutes les couleurs

Publié par Fawzi Demmane sur 8 Juin 2011, 00:57am

Catégories : #A vos plumes !

 

http://pedagogie.ac-toulouse.fr/rer-val-agout/spip08/IMG/jpg/4-4.jpg

 

 

 

 

Il ne faut pas croire que le peintre, pressant ses tubes, dépose au hasard les couleurs sur sa palette. Il y a une méthode pour cela, un ordre à respecter. Ordre qui peut être un désordre personnel ou, au contraire, une logique tenant compte des affinités que les teintes ont les unes avec les autres.


Suivons cette logique et commençons par du rouge de garance. La garance est une plante dont la racine nous donne un beau colorant. Son nom scientifique est Rubia. En espagnol, rubia signifie « blonde ». Cela nous rappelle que Garance est aussi un prénom féminin.


À côté, nous déposerons du vermillon. Il vient du latin vermiculus, «ivermisseau », parce que c’est d’une cochenille, ou kermès (de l’arabe qirmiz), que l’on tirait ce pigment rouge plus chaud que la garance.


Le peintre utilise aussi le carmin (mot composé de qirmiz et du latin minium) et le rouge de Chine. Pourquoi de Chine ? Sans doute pour sa ressemblance avec les laques d’Extrême-Orient.


Nous trouvons également un rouge de Mars et un rouge de Venise. Les peintures de l’école vénitienne sont remarquables pour la richesse de leurs coloris, aussi n’est-il pas étonnant de rencontrer cette appellation. Quant au rouge de Mars, peut-être fait-il référence à la planète rouge ou au dieu de la Guerre...


Pour passer des rouges aux jaunes, il faut enjamber l’orange. Orange n’est pas le nom d’une couleur, c’est celui d’un fruit (vieux français orenge) et, par extension, de la couleur d’une orange. Dans la terminologie des pigments, il n’a pas droit à un nom propre, il fait partie des jaunes (lat. galbus, « vert pâle, jaune-vert », puis jalne au XIe siècle).

 

Parmi eux, un jaune de Mars (encorei!) nous offre une belle teinte orangée. Les jaunes sont nombreux, et leurs noms bien rébarbatifs. Tous à base de chrome ou de cadmium. Néanmoins, il est amusant, bien que peu ragoûtant, de savoir que le jaune indien était autrefois élaboré à partir d’urine animale et importé d’Inde. Le jaune citron se passe de commentaires et le jaune de Naples est attesté au XIVe siècle par Cennini, élève de Giotto, dans son traité de peinture : Libro dell’arte. Ce jaune de Naples, très clair, invite à faire une pause avec le blanc.


Blanc d’argent... ce n’est pas vrai, il est à base de plomb ! Les Romains l’appelaient cerussa, d’où la céruse utilisée longtemps comme enduit. Blanc de Meudon, d’Espagne, de zinc, de lithopone... : quel que soit son nom, il a la propriété de réfléchir la totalité des rayons du spectre. C’est pour cela qu’il paraît blanc sous le soleil. Éclairons-le en vert ou en rouge, il va docilement nous restituer ce que nous lui apportons, ce qui n’est le cas d’aucun autre pigment.


Les verts (lat. viridis) sont un mélange de bleu et de jaune. Clairs, tendres, ils sont dits vert anglais. Est-ce une référence au gazon britannique ? Et Véronèse a-t-il composé le vert qui porte son nom ?... Le vert émeraude nous entraîne vers les tons turquoise, plus chargés en bleu.


Comme son nom l’indique, le bleu de Prusse fut découvert en Prusse (par le chimiste Conrad Dippel, au XVIIIe siècle).

 

Nous devons l’outremer à un autre chimiste, français celui-là, Jean-Baptiste Guimet, qui réussit en 1828 à reconstituer par synthèse le lapis-lazuli, pierre précieuse bleue, utilisée dans l’Antiquité, et de prix prohibitif. Ce colorant aurait été exporté à l’époque sous le nom d’outremer français.

 

Jacques Thénard, au début du XIXe siècle, obtint le bleu de cobalt à partir de l’aluminate de cobalt.

 

Le bleu ceruleum sert à peindre le ciel (lat. caeruleus, de caelum, « ciel ») ; le bleu de Delft décore la porcelaine.

 

Enfin, l’indigo (de l’espagnol indico, « originaire de l’Inde ») est un bleu tirant sur le violet produit par une plante herbacée appelée indigotier.


Terminons notre palette avec les terres, elles vont nous faire voyager. L’ocre rouge et l’ocre jaune viennent du midi de la France. Les plus belles carrières se situent dans le Vaucluse, à Roussillon... Le nom est évocateur.

 

La terre de Sienne et la terre d’ombre (ou d’Ombrie) ne cachent pas leur origine, elles peuvent être chacune naturelle ou calcinée.

 

Le brun Van Dyck, enfin, nous emmène à Anvers.


Voilà notre palette garnie de couleurs cosmopolites et prêtes à exprimer ce qu’on voudra leur faire dire...


Couleurs et mots ont le même destin, ils servent à peindre l’apparence des choses, le portrait des êtres et à révéler le mystère de leur pensée.

 

 

 

Posté par Fouzia, le 07/06/2011

 

 

 

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Majdouline Borchani 14/06/2011 22:31



C O U L E U R S


Comme un arc en ciel, c'est
beau,Orange, vert, rouge, indigo,Unie, chamarrée, brillante,La couleur peut être vivante,Etalée sur la palette,Unisson des teintes en fête,Rien n'égale leur harmonie,Si l'ensemble est bien choisi.
                       Nelly Johnson



Fawzi Demmane 16/06/2011 12:57



Un commentaire en couleurs ; on n'en voit pas tous les jours.


Merci, l'amie.



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