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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


La femme en bleu

Publié par Fawzi Demmane sur 14 Juillet 2011, 18:03pm

Catégories : #A vos plumes !

 

l

 

 

Cet après-midi, il décida de fausser compagnie à ses amis. Il voulait marcher seul dans Paris, déambuler au gré de ses pas, au gré de ses souvenirs. Quand il enfila son blouson, ouvrit la porte et s’apprêta à sortir, son ami l'interpella. Il ne se retourna pas, mais agita juste la main et lança:

 

-"Ne m'attendez pas!".

 

C'était la fin d’un été parisien où l'air contenait des particules dorées qui dansaient. Il marchait longuement dans les rues de ce Paris qu'il aimait tant, luttant contre cette image qui revenait inlassablement, contre ces mots qui ont surgi brusquement de sa mémoire ce matin là… et pourtant, cela faisait bien 20 ans... 20 ans déjà.

 

Les passants avaient encore cette douce nonchalance des beaux jours. Une femme le frôla rapidement en le dépassant d’un ou de deux pas. Un parfum de vanille et de benjoin le submergea d'un seul coup. Il crut perdre pied... Ce parfum, ce sillage tant de fois senti, et qu’il a toujours adoré. Il vacilla légèrement, ferma un instant les yeux et reprit ensuite sa marche d'un pas plus rêveur plus lent. Il tentait de suivre de plus près cette fragrance fugitive, de la dissimuler au fond de lui-même. Il eut peur de hâter le pas. Il eut peur de la voir s’évaporer dans l'air et disparaître.

 

Il se surprit à sourire. Son rire perlé tintait encore à ses oreilles. Il revoyait ses yeux presque toujours frangés de larmes alors qu’il lui disait:

 

-"Tu ris en pleurant. Quand tu pleures je sais que ton rire n'est pas loin.".

 

Elle enroulait son écharpe bleue autour de son cou et l'attirait contre elle. Lorsqu'elle partait, la dernière chose qu'il voyait d'elle c'était cette soie bleue qui flottait.

 

Sans trop savoir comment, il se trouva attablé à la terrasse de "leur" café, il commanda machinalement un expresso, puis, d’un coup, se ravisa et demanda un cappuccino, son café à elle, en se rappelant comment il la taquinait à propos de sa consommation.

 

-"Les gens sensés ne mettent pas de lait dans leur café!!

 

Elle répondait alors, en plissant les yeux de plaisir et en partant à la recherche de la dernière goutte dans sa tasse:

 

-"Je ne suis pas "des gens sensés". Je suis amoureuse de toi...C'est très différent."

 

Ils riaient, et puis se levaient... Elle avait ce pas légèrement dansant et aérien des ballerines. Il aimait tant la voir marcher qu'il lui arrivait souvent de la laisser le devancer, la rattrapait ensuite, et la tenait par la taille.

 

Un jour, elle lui demanda s'il voulait qu'ils continuent ce voyage ensemble. Il lui répondit froidement qu'il préférait descendre. Il fut dur, sec, cinglant. Elle partit. Il ne la revit plus... 20 ans déjà.

 

Soudain, il eut mal partout, avec une envie lancinante de sangloter. Il regarda le ciel, il était d'un bleu profond et serein : c’était l'heure bleue.

 

Il appela le serveur, paya l’addition et se leva.

 

C'est alors qu'il la vit. Une écharpe bleue autour du cou. Elle avançait dans cette lumière bleutée comme dans un rêve.

 

Il alla vers elle, les mains tendues et les yeux embués.

 


 

 

Posté par Teyba, le 14 juillet 2011

 

 


Commenter cet article

Fouzia 30/07/2011 20:00



L'absence ne tue l'amour que s'il est malade au départ.



Fawzi Demmane 30/07/2011 20:03



Ce court récit en est la preuve.



Teyba 23/07/2011 13:18



Merci S..pour ce commentaire enlevé,superbe de sensibilité!.Beaucoup de reel plaisir à vous lire.


Merci Fawzi d'avoir commenté à votre tour,je me permettrai juste cette boutade,20 ans dans la vie d'un grand amour ne sont effectivement rien,mais 20 ans de séparation?!Vous faites probablement
partie de ceux qui n'ont pas vécu les affres de la séparation?..Et c'est tant mieux!..:)



Fawzi Demmane 24/07/2011 20:46



Oh que si, mon amie.


J’ai goutté à l’amertume de la séparation dans tous ses états, de la moins durable jusqu’à l’éternelle, en passant par la plus affreuse de toutes, celle du présent–absent : une forme de
séparation que je ne souhaite à personne.


Peu importe le nombre d’années ….;  parfois, et pas souvent naturellement, quand l’Amour se distingue par son grand « A » , et porte son 
costume d’apparat brodé de noblesse et de mérite, la séparation et l’absence seront  les plus fidèles des présences. Une forme de respect pour soi et à l’égard d’autrui.



S. 23/07/2011 00:45



Des mots bleus,soigneusement brodés  de fils d'argent...pour décrire cet amour troublé,interrompu,mais si intense.Ce fut un moment,une timide joie,un retour en arrière onirique,submergé d'un
parfum inoubliable,immuable.
Un moment de clareté,où des reminiscences dorées ont parcouru ce coeur,ce corps..engourdis de ne pas la voir,la toucher,la sentir,..
20 ans  certes,mais rien n'avait changé..et certainement pas cet amour..



Fawzi Demmane 23/07/2011 12:18



Bonjour S. et bienvenue.


20 ans.... 20 ans ne sont rien dans la vie d'un grand amour. Croyez-moi ! Jusqu'à présent, on parle encore avec émerveillement de Roméo et Juliette, Tristan et Iseult, Hélène et Paris....



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