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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


La versification (2)

Publié par Fawzi Demmane sur 8 Juin 2011, 12:23pm

Catégories : #Littérature

 

 

 

 

 

Chapitre 2 : les éléments du rythme


 

Le rythme est fondé sur le retour plus ou moins régulier d’un repère constant. Mais il faut compter aussi sur l’organisation syntaxique du poème, avec la répartition éventuelle des sonorités.

 


1. La division du vers par la césure


Tout vers de plus de huit syllabes est composé de deux hémistiches. Si l’hémistiche de l’alexandrin binaire compte bien six syllabes, ceux du type le plus répandu de décasyllabe en comptent le premier quatre, l’autre six. La fin de vers correspond dans la très grande majorité des cas à un traitement particulier de la dernière syllabe : apocope de toute syllabe finale absolue en e.

  1. La césure et le statut de l’e caduc : la césure de l’alexandrin binaire passe entre la sixième syllabe et la septième. Soit cette syllabe est un monosyllabe accentué ou la dernière syllabe non caduque d’un mot, soit il s’agit de la syllabe accentuée qui précède une syllabe en e à la finale absolue, mais cette syllabe en e est élidée car le second hémistiche commence par une voyelle. Ex : Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible...La cosyllabation effective de la consonne qui précède l’e et de la voyelle qui commence le second hémistiche confère beaucoup de fluidité à ce type de vers.

 

Rappel :

 

La césure épique : elle traite la fin du premier hémistiche comme une fin de vers en apocopant un e non élidable. Relativement fréquente au Moyen Age, elle est assez souvent utilisée par les poètes modernes. Ex : Montagnes derrièr(e), // montagnes devant


La césure lyrique : elle correspond à la présence d’un e non élidable et prosodiquement compté dans la syllabe qui précède la césure. Ex : Ô Bretagne, // pleure ton espérance.


La césure enjambante : la césure est alors suivie d’une syllabe finale en e non élidable, et donc elle passe entre la syllabe accentuée et cette finale en e prosodiquement comptée. Ex : Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses / De l’an dernier ? A pei // ne si je m’en souviens.

  1. 2 La césure et la syntaxe : la césure marque ce que nombreux poètes ont appelé le repos. Entre deux propositions indépendantes juxtaposées, la césure correspond à une ponctuation forte. Entre des groupes syntaxiques d’une même proposition, elle passe entre le groupe sujet et le groupe verbal, ou entre le sujet et le complément ou encore entre le groupe sujet-verbe et le complément. La césure isole également des éléments en position détachée par énumération, apostrophe, apposition ou parenthèse.
  • Le rejet à l’hémistiche : Trois mille six cents fois // par heure, la Seconde... Dans ce vers, le complément de temps est divisé par la césure de manière inégale, et l’articulation syntaxique majeure est entre heure et la Seconde. Par heure est alors en position de rejet.
  • Le vers ternaire : D’insecte, Maintenant // dit : Je suis Autrefois, même si la césure passe entre le sujet et le verbe, c’est l’articulation la plus faible puisque d’insecte fait partie d’un syntagme principal dont le constituant pivot est dans le vers qui précède (rejet externe). Cela rompt ici la binarité de l’alexandrin et l’on voit trois groupes se dessiner nettement (3, 4 ,5 : noter la quotité des groupes syllabiques obéissant à la loi des masses croissantes) dont l’hétérogénéité rend le vers semi-ternaire. Un exemple de vers ternaire : Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi ! En cosyllabant le -te de augmente avec souviens-toi (coupe enjambante) on peut en faire un trimètre, qui fait le succès de tous les poèmes romantiques.
  1. 3 L’utilisation stylistique de la césure : les différentes caractéristiques de la césure donnent au mot qui la précède et qui, par conséquent, termine le premier hémistiche, une importance prépondérante. On peut souvent voir dans ces mots un lien dans le tissage sémantique du texte. En effet, on y retrouve des isotopies prépondérantes. En outre, la valeur phonique de ces mots peut elle aussi être mise à profit de différentes manière : en rapport avec le mot à la rime, par identité de voyelle (assonance) ou de césure à césure. Ces simples indications montrent le réseau de cohérence sémantique et phonique qui s’élabore ainsi. 

 

2. Les accents, les coupes, les mesures.

 

Le vers comporte non seulement deux positions métriques fixes, la césure et la fin de vers, mais aussi, dans le cas de l’alexandrin, deux autres articulations mobiles, une dans chaque hémistiche. Ces différents positions correspondent aux accents.

  1. La détermination des accents : l’accent en français n’a guère qu’une fonction de démarcation entre des groupes syntaxiques majeurs qui déterminent ce qu’on appelle mot phonologique (notion de groupe rythmique). L’accent tonique est toujours placé sur la dernière syllabe non caduque ou du groupe ainsi défini. Il existe aussi un accent dit oratoire qui affecte le premier élément du mot, première consonne pour une accentuation affective, première syllabe pour une accentuation didactique. Ex : TOUT est senSIble ! On appelle également cet accent, l’accent second qui se place habituellement sur l’antépénultième. Ex : méTAmorPHOse.
  2. Coupes et mesures : la syllabe qui précède la césure, comme la syllabe non caduque de fin de vers, portent toujours un accent tonique (du moins dans la prosodie classique). Homme libre penSEUR, // te crois-tu seul penSANT. Aux deux autres accents mobiles de l’alexandrin correspond la coupe, indiquée conventionnellement par une barre simple (/) et qui passe en principe juste après la syllabe accentuée. Chaque FLEUR / est une Âme // à la naTUR(e) / éCLOse. La présence d’un e non élidé engendre des phénomènes analogues pour la coupe à ceux qu’elle engendre pour la césure :
  • coupe enjambante : pour une coupe placée juste avant une syllabe finale en e prosodiquement comptée. ResPEC / te dans la BÊt(e) // un esprit agissant. Cette coupe est appréciée pour la fluidité qu’elle confère à l’hémistiche.

 

  • coupe lyrique : pour une coupe placée après une syllabe finale en e prosodiquement comptée, et donc en décalage avec la syllabe accentuée. Ex : HOMme, / libre penseur... Cette coupe souligne la force de l’apostrophe qui ouvre le poème et ici, équilibre les mesures du vers en chiasme (2 / 4 // 4 / 2).

 

  • coupe épique qui se place après un e non élidable apocopé. Elle n’est pas tolérée par la prosodie classique, mais on la trouve assez souvent dans la poésie moderne. Ex : Me parVIEN / ne joYEUse // et DOU /(ce), touffue et SOMbre.

 

A l’intérieur de chaque hémistiche, les coupes définissent des groupements de syllabes appelés mesures. Un hémistiche compte en principe deux mesures, de 1 à 5 syllabes : Crains (1) / dans le mur aveugl(e) (5), // un regard (3) / qui t’épie (3).

 

Attention : l’hémistiche peut parfois compter deux accents internes, et donc être divisible en trois mesures. " TOUT / est senSI / ble ! " Et tout // sur ton être est puissant.



3. Concordance et discordance

3.1 Syntaxe et vers : On appelle concordance le fait que la phrase se moule dans le vers de telle sorte que les accents correspondant aux principales articulations grammaticales coïncident avec les deux accents fixes du vers : la césure et la fin de vers. Ex : Ces planètes ponTONS // ces mondes caseMAtes.. A l’inverse, il y a discordance lorsque cette coïncidence ne se fait pas. Si le décalage se fait par rapport à la césure, la discordance est dite interne, s’il concerne la fin de vers, elle est dite externe. On distingue trois phénomènes :

  • l’enjambement : qui se répartit de manière à peu près égale de part et d’autre de la limite métrique, et qui ne prétend pas à un autre effet que ce dépassement (pas de pause rythmique). Enjambement interne : Errent , et sur les flots // tortueux et funèbres. Enjambement externe : Trois mille six cents fois // par heure, la seconde (12) / Chuchote : Souviens-toi ! Rapide, avec sa voix...

 

  • Le rejet : qui place un groupe bref au-delà de la limite métrique alors qu’il est lié syntaxiquement à ce qui précède et le met ainsi en valeur. Rejet interne : Trois mille six cents fois // par heure, la Seconde. Rejet externe : Ces globes, qu’en prisons // Seigneur, vous transformâtes (12) / Errent, et sur les flots tortueux et funèbres.

 

  • Le contre-rejet : qui, à l’inverse, met en avant de la limite métrique un élément verbal bref, lié syntaxiquement à ce qui suit et a, par conséquent, un effet de soulignement. Contre rejet interne : Leurs mâts de nuit, portant // des voiles de ténèbres. Contre externe : Tu l’embrasse des yeux et des bras, et ton cœur (12) / Se distrait quelquefois // de sa propre rumeur.

 

 

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