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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


La versification (3)

Publié par Fawzi Demmane sur 8 Juin 2011, 13:05pm

Catégories : #Littérature

 

 

 

Chapitre 3 : la rime


1. La notion d’homophonie finale

 

 

Parler d’homophonies, n’est pas parler de phonèmes. Il s’agit donc de reconnaître dans le vers des sonorités analogues, et situées de manière précise à la fin du vers. Les phonèmes communs en finale absolue de vers réalisent ce qu’on appelle la rime. Celles-ci sont à évaluer tant sur le plan individuelle pour déterminer leur teneur qualitative (pauvre, suffisante ou riche) que sur le plan général pour discerner leur disposition et les limites de la strophe.


Dans un dizain, par exemple, la disposition des rimes se présente ainsi : première strophe (abba), deuxième strophe (cdcd) troisième (ee) : rimes embrassées, rimes croisées et enfin un distique.


Il existe d’autres types d’homophonies finales que la rime, et ils se définissent autrement : on parle d’assonance, de contre-assonance mais aussi de rimes approximatives, pour celles qui se fondent uniquement sur les phonèmes sans tenir compte des graphèmes.


La nécessité d’un rappel phonique en fin de vers s’est fait jour très rapidement après l’émergence du vers syllabique, d’abord sous forme d’assonance (à partit du IVe siècle), puis sous forme de rimes (VIIIe siècle). L’usage de la rime a dominé la poésie française jusqu'à la fin du XIXe siècle. Dans la poésie moderne, l’usage d’homophonies finales est irrégulier.

 

 

2. La rime classique

 

La rime repose sur l’identité entre les mots de fin de vers de la voyelle finale accentuée, qui peut à elle seule constituer la rime, et des phonèmes consonantiques qui peuvent la suivre, et éventuellement la précéder.

 

2. 1 La disposition : Rimes embrassées : abba. Rimes croisées ou alternées : abab. Rimes plates ou suivies : aabbcc... Rythme tripartie : aabccd. Rythme quadripartie : aaabcccd.

L’alternance des rimes masculines et féminines doit être respectée, ce qui implique, dans le cas des rimes embrassées, qu’il y a un renversement de l’ordre à chaque quatrain : fmmf, mffm, fmmf, etc.

  1. 2 La richesse :

  • Rime pauvre : un seul phonème commun (c’est à dire la dernière voyelle accentuée. Ex : Rameaux, tombeaux.


  • Rime suffisante : deux homophonies, soit par exemple : voyelle + consonne. Ex : silence, avance ou encore, consonne + voyelle : horizon, gazon.


  • Rime riche : trois homophonies. Ex : ombre, sombre.


  • Rime plus que riches : déserts, des airs ou nocturne, taciturne. La première rime est du genre de celles que pratiquaient les Grands Rhétoriqueurs : on l’appelle la rime équivoquée.

 


2. 3 Les enrichissements de la rime : on notera également des enrichissements particulier de la rime. Enrichissement phonique : en amont des phonèmes de rime. Ex : le [s] qui débute silence et s’avance. Les enrichissements graphiques : tiennent à l’identité non seulement phonique mais graphique de la rime. Ex : horizon, gazon.

 

2. 4 Pureté, facilité et banalité : cette dernière rime est pure dans la mesure où, selon les critères classiques, elle satisfait aussi bien l’oreille que l’œil. La rime équivoquée évoquée précédemment est un peu trop riche pour le goût classique. Lamartine respecte la règle de la liaison supposée laquelle bannit la rime de deux mots si l’un se termine par une voyelle et l’autre par une consonne muette (voilà, là-bas) ou si les deux se terminent par des consonnes muettes qui ne feraient pas le même son à la liaison (océans et néant).

 

Les cas de rimes faciles sont ceux où deux rimes se finissent par le même suffixe ou la même désinence : amoureuse, mystérieuse ou révéler, rappeler.

 

On peut parler de rimes banales pour l’association sombre, ombre très fréquente et sémantiquement évidente (même racine).

 

2. 5 Des mots à la rime

Il faut savoir aussi évaluer le volume des mots de rime, savoir s’ils sont isométriques ou non.

 

 

3. L’assonance et la contre-assonance

 

3. 1 Nature des homophonies finales : On appelle contre-assonance le fait que l’homophonie se fonde sur une identité de consonnes finales avec hétérophonie vocalique. Ex : sentinelle, nulle : contre-assonance double. Elan, selon : contre-assonance simple.


On appelle assonance l’homophonie de la dernière voyelle non caduque du vers, quels que soient les phonèmes consonantiques qui éventuellement la suivent. Ex : vitre, épris. Autre ex : retrouvée, Eternité, allée : assonance en [e]. Il n’y a qu’un problème d’orthographe qui empêche de considérer cette association comme rime véritable puisque retrouvée/allée forme une rime féminine et Eternité une rime masculine.


L’assonance est la première forme d’homophonie finale qui ait existé dans le vers français. C’est elle qui assure l’unité formelle des laisses médiévales (groupement de 4 à 30 vers tous sur le même mètre, reliés par une assonance qui changeait à la laisse suivante. Ex : ami, vis, prist, hardiz, dis etc... sont les assonances d’une laisse unique.)


3. 2 Disposition des homophonies finales : l’utilisation des assonances ou contre-assonances ne changent rien aux règles précitées, à savoir l’alternance des terminaisons féminines et masculines, ainsi que la disposition.

 


4. L’alternance

     Rimes féminines et rimes masculines

    Les rimes sont dites féminines parce qu’elles comportent un e caduque final, marque fréquente du genre grammatical féminin en français, mais il arrive fréquemment que le mot à la rime forme une rime féminine sans être pour autant féminin.


    On considère donc comme féminines toutes les rimes à la syllabe dite surnuméraire parce (qu’elle était à l’origine prononcée mais non comptée) qui se terminent sur un e final apocopé qu’il soit ou non suivi de -s ou de la désinence verbale en -nt, et comme masculines celles qui n’en comportent pas.


    Le schéma de l’alternance est le suivant dans un dizain comportant la disposition abbaccdede : aMbFbFaM/cFcF/dMeFdMeF. Puisque les quatre premiers vers forment un quatrain à rimes embrassées, la rime masculine du premier vers revient au quatrième, et pour réaliser l’alternance, il faut par conséquent que la rime suivante soit féminine, d’où cF. Si le premier quatrain avait été à rimes croisée et le second à rimes embrassées, le distique aurait changé de genre, et il y aurait eu une majorité de rimes masculines, alors que la stance présente ici une majorité de rimes féminines.


    Les poètes ont commencé à pratiquer l’alternance entre rimes féminines et rimes masculines dès le XIIe-XIIIe siècle, pour des raisons qui tiennent à la présence de la syllabe surnuméraire et à l’accompagnement musical qui était alors constant. Les poètes de la Pléïade la recommande, mais elle n’est pas systématiquement appliquée. C’est à partit de la seconde moitié du XVe siècle que le recours à l’alternance devient systématique. Dans la poésie moderne, elle est souvent absente et se trouve remplacée par une alternance purement phonique des terminaisons vocaliques et des terminaisons consonantiques.

     

     

    5. La rime approximative :

     

    Les jeux à la rime : à la fin du Moyen Age, les Grands Rhétoriqueurs portent la technique de la rime à un point de virtuosité qui a pu leur être reproché ensuite par les poètes de la Pléïade. Ces derniers pensaient que, dans leur production, l’esprit poétique était sacrifié au simple usage de la prosodie. 


    Les enrichissements à l’intérieur de la rime : le vers léonin dans lequel deux hémistiches riment ensemble. Ex : Des biens avez // et de la rime assez.


    La rime batelée : qui fait rimer la fin de vers avec le mot de césure du vers suivant. Ex : Et quand vous plaît, mieux que moi rimassez (12)/ Des biens avez.


    La rime brisée : dans laquelle les vers riment ensemble non seulement par la fin de vers, mais aussi par la césure. Ex : En m’ébattant // je fais rondeaux en rime (10) / Et en rimant // bien souvent je m’enrime.


    On citera encore la rime dérivative, qui associe des mots de la même racine (laisser / délaisser), la rime couronnée qui redouble la ou les syllabes de rime (à sa corde s’accorde), la rime annexée (qui reprend la syllabe de rime au début du vers suivant), la rime fratrisée, qui est à la fois annexée et équivoquée. Ex : Cour est un périlleux passage (8) / Pas sage n’est qui va en cour. La rime enchaînée, à la fois annexée et dérivative : Combien que Gênes dans sa côte (8) / Côtoie un périlleux fatras.


    A cela, on peut ajouter un type de rime que l’on trouve chez Mallarmé : la rime dite enjambée, parce que les phonèmes de rime se répartissent sur la fin de vers et le début du suivant. Ex : ...ondes / ...ou l’on / Doute, un autre que l’on trouve chez Aragon : rimes inversée parce que les consonnes qui entourent la voyelle s’inversent d’un vers à l’autre (chère / rêche), la rime augmentée parce qu’elle ajoute des sons à la rime, d’un vers à l’autre, la rime semi-équivoquée qui se fonde sur la paronomase.

     

     

     

     

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