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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Le dormeur du val - Rimbaud

Publié par Fawzi Demmane sur 12 Février 2010, 19:42pm

Catégories : #Littérature

Resultat

 

 

 

 

Le dormeur du val - Rimbaud

Sans doute le poème de Rimbaud le plus connu,
le plus lu, le plus commenté et le plus souvent interprété.
Et le poème se suffit à lui-même







 

C’est un trou de verdure où chante une rivière,


Accrochant follement aux herbes des haillons


D’argent ; où, le soleil de la montagne fière,


Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.


 

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,


Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,


Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,


Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.


 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme


Sourirait un enfant malade, il fait un somme :


Nature, berce-le chaudement : il a froid.


 

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;


Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine


Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


 


 (Octobre 1870)

 Arthur Rimbaud


Etude

I - La Nature


    La nature est omniprésente dans le poème, elle occupe intégralement le premier quatrain, et nous la retrouvons jusque dans le dernier tercet. Elle se caractérise par une impression de vie et de bonheur qui sollicite tous les sens. "Verdure" vers 1 est repris au vers 7 par "l'herbe" et au vers 8 par "vert".

    Impression de luminosité avec "les haillons d'argent" vers 2 ; renforcée au vers 3 et vers 13 par le soleil et dont la luminosité est reprise au vers 4 "masse de rayons" et vers 8 " lumière qui pleut" : métaphore qui donne une matérialité à la lumière.

    Nature très colorée : vers 9 "les glaïeuls", couleurs assez intenses. Personnification de la rivière qui "chante" vers 1, animation.

    Sur le plan olfactif, "parfums" vers 12, impression de bien-être et bonheur ; sur le plan tactile, impression de fraîcheur, liquidité, vers 6 "et la nuque baignant dans le frais cresson bleu".

    Le mot "val" du titre est repris au vers 4, rivière dynamique ; impression d'exubérance, par les deux enjambements des vers 1,2,3. De plus cette nature est présentée comme douée de sentiments, au vers 11 elle est personnifiée et présentée comme très maternelle "berce" : Alma Mater.

 


II - L'homme


    On remarque que le jeune homme est "dans" la nature. Nous le voyons aux vers 6,8,9,13, avec le mot "dans", il est imbriqué dans cette nature.
Nous savons à qui nous avons à faire, sociologiquement c'est un soldat. Le jeune homme est jeune comme la nature. Il est présenté dans un état d'abandon total : "bouche ouverte" vers 5, " sa nuque baignant" vers 6, " dort" vers 7, inactivité encore répétée au vers 9 et 13 : insistance avec le titre du sonnet. Au vers 7, il est "étendu", intensifie l'impression de confort ; vers 8 " un lit vert", la nature lui a construit un lit.


    Si on regarde d'un peu plus près, nous voyons qu'il paraît mort : vers 14 "deux trous rouges sur le côté droit", + allitérations en "r".
    À partir de ce moment nous basculons dans l'horreur, dénouement très brutal.

 


III - Aspects contradictoires


    La mort est en fait omniprésente : vers 1 le mot "trou" fait écho avec le vers 14. L'adverbe "follement" vers 2 signifie l'agitation de la rivière. Nous avons un côté glorieux avec l'argent, mais en réalité les "haillons" vers 3, reflètent quelque chose de détruit. La "bouche ouverte" est une caractérisation de la mort du soldat ; sa tête est nue car son casque a roulé par terre ; "la nuque baignant" vers 6 signifie qu'elle baignait dans le sang, c'est à dire le sang sur l'herbe : rouge du sang + vert de l'herbe = cresson bleu.

    "Etendu" signifie un corps sans vie et le "lit" du vers 8 devient un lit de mort. Les glaïeuls évoquent les fleurs que l'on posent sur une tombe => il a les pieds dans les glaïeuls. Plus rien ne bouge, "la narine" et "la poitrine "ne réagissent plus. Il ne respire plus, il est donc mort. Violence des allitérations dentales pour trancher cette jeune vie. Nous comprenons à ce moment que le sommeil du dormeur était une image de mort.



Conclusion


    Ce poème illustre des thèmes très chers à A. Rimbaud, à savoir le sens du tragique, de l'existence et la mort. Son art s'illustre particulièrement avec les effets rythmiques brisés, symboliques d'une vie brisée. Habileté par laquelle il nous met sur une fausse piste, tout en nous laissant des indices, à la réelle interprétation du poème.

 

 

 

 

 

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Blanche COLOMBE 31/10/2010 17:57



Ce qui est remarquable aussi c'est cet antagonisme criant entre l'aspect vivant de la nature accueillante et toute maternelle et cette jeunesse qui s'éteint prématurément, une façon implicite
pour le poète de dénoncer la guerre qui ravit injustement et prématurément la vie de jeunes gens que tout appelle à la vie et que seule la barbaries des hommes empêche de vivre.



Fawzi Demmane 31/10/2010 18:40



Rimbaud a dénoncé la monstrusité de la guerre non seulement d'une façon implicite, mais aussi explicitement dans LE MAL


 


Tandis que les crachats rouges de la mitraille

Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu;

Qu'écarlates ouverts, près du Roi qui les raille,

Croulent les bataillons en masse dans le feu;


 



Tandis qu'une folie épouvantable broie

Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant;

-Pauvres morts! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,

Nature! ô toi qui fis ces hommes saintement!...


 



-Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées

Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or;

Qui dans le bercement des hosannah s'endort,


 



Et se réveille, quand des mères, ramassées

Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,

Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir!


 



Fawzi Demmane 12/02/2010 21:26


....Et le poème suffit à lui-même.
Il n'y a rien à ajouter.


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