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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Lettre à Lucilius

Publié par Fawzi Demmane sur 5 Juin 2011, 18:09pm

Catégories : #Correspondances célèbres

 

 

    Le sage, encore qu'il se contente de lui, veut pourtant avoir un ami, ne serait-ce que pour exercer son amitié, afin qu'une vertu si grande ne reste pas inactive, non dans le but dont parlait Epicure précisément dans cette lettre : « pour avoir quelqu'un qui s'asseye auprès de lui quand il est malade, qui lui porte secours quand il est jeté dans les fers ou privé de ressources », mais pour avoir quelqu'un auprès de qui lui-même s'asseye quand il est malade, qu'il libère lui-même quand des ennemis le gardent prisonnier. Celui qui ne regarde que lui et, pour cette raison, s'engage dans une amitié, pense mal. Il finira comme il a commencé : il s'est procuré un ami destiné à lui prêter appui contre les fers; au premier cliquetis de chaînes, il s'en ira.



  Ce sont amitiés que le peuple appelle « de circonstances »; qui a été choisi par intérêt plaira aussi longtemps qu'il présentera un intérêt. Voilà pourquoi ceux qui prospèrent se voient entourés d'une foule d'amis; autour de ceux qui sont ruinés, c'est le désert, et les amis s'enfuient dès lors qu'ils sont mis à l'épreuve; voilà pourquoi il y a un tel nombre d'exemples sacrilèges : les uns vous abandonnent par peur, les autres vous trahissent par peur. Nécessairement les débuts et la fin se correspondent : celui qui commence à devenir ami parce que cela l'arrange, appréciera un gain qui va contre l'amitié, si, en elle, il apprécie quoi que ce soit en dehors d'elle-même.

 

 

  « Dans quel but te procures-tu un ami ? » Pour avoir quelqu'un pour qui je puisse mourir, pour avoir quelqu'un que je suive en exil, à la mort de qui je m'oppose et me dépense : ce que tu décris, toi, c'est une relation d'affaires - non une amitié - qui va vers ce qui est commode, qui regarde ce qu'elle obtiendra.

 

 

  Sans doute y a-t-il quelque ressemblance entre l'amitié et la passion amoureuse; tu pourrais dire qu'elle est la folie de l'amitié. Arrive-t-il donc que l'on aime par goût du lucre ? Par ambition ou par gloire ? L'amour lui-même, à lui seul, négligeant tout autre objet, enflamme les âmes du désir de la beauté non sans l'espoir d'un attachement réciproque. Quoi donc ? Une passion honteuse se forme à partir d'une cause plus honorable qu'elle ?

 

 

  « Il ne s'agit pas, dis-tu, pour l'instant, de savoir si l'amitié doit être ou non recherchée pour elle-même. » Mais si, c'est avant tout ce que l'on doit prouver; car, si elle doit être recherchée pour elle-même, peut aller vers elle celui qui se contente de lui-même. « Comment donc va-t-il vers elle ? » Comme vers une chose très belle, sans être pris par le goût du lucre ni terrorisé par les variations de la fortune; on retire à l'amitié sa majesté, quand on se la procure pour profiter de bonnes occasions.

 

 

  « Le sage se contente de lui. » Cette phrase, mon cher Lucilius, la plupart des gens l'interprètent de travers : ils écartent le sage de partout et le confinent à l'intérieur de sa peau. Or, on doit distinguer le sens et la portée de cette parole : le sage se contente de lui pour vivre heureux, non pour vivre; dans ce dernier cas, en effet, il a besoin de beaucoup de choses, dans le premier, seulement d'une âme saine, redressée et regardant de haut la fortune.

 

 

  Je veux aussi t'expliquer la distinction que fait Chrysippe. Il dit que le sage ne manque de rien et, cependant, qu'il a besoin de beaucoup de choses, « au contraire du sot qui n'a besoin de rien (car il ne sait se servir de rien) mais manque de tout ». Le sage a besoin de mains, d'yeux, et de nombreux ustensiles nécessaires dans la vie quotidienne, il ne manque de rien; car manquer relève de la nécessité, rien n'est nécessaire au sage.

 

 

  Donc, quoiqu'il se contente de lui-même, il a besoin d'amis; il désire en avoir le plus possible, non pas pour vivre heureux; car il vivra heureux même sans amis. Le souverain bien ne demande pas de moyens à l'extérieur; il se cultive à domicile, il vient tout entier de soi; il commence à être assujetti à la fortune s'il demande au dehors une partie de soi.

 

 

  « Quelle est, cependant, la vie qui attend le sage, s'il se trouve abandonné sans amis, qu'il ait été jeté en prison ou bien isolé en pays étranger, ou bien retenu dans une longue navigation, ou échoué sur une rive déserte ? » Elle sera comme celle de Jupiter, lorsque, une fois le monde dissous et les dieux confondus en un seul être, la nature se relâche un peu, il se repose, livré à lui-même dans ses pensées. Le sage fait quelque chose comme cela : il se cache en lui-même, il reste avec lui-même.

 

 

  Tant que, bien entendu, il lui est permis d'arranger ses affaires selon son propre jugement, il se contente de lui et prend femme; il se contente de lui et a des enfants; il se contente de lui et, cependant, il ne saurait vivre s'il était destiné à vivre sans son semblable. Ce qui le porte à l'amitié, ce n'est aucun intérêt personnel, mais un instinct naturel; car, comme il en existe en nous pour d'autres relations, il existe une douceur innée de l'amitié. De même qu'il existe une aversion pour la solitude et une recherche de la vie en société, de même que la nature concilie l'homme avec l'homme, de même il existe dans cette relation-là aussi un aiguillon pour nous faire rechercher des amitiés.

 

 

Sénèque

 

 


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Majdouline Borchani 07/06/2011 12:42



Un ami c’est quelqu’un qui connaît la valeur de la parole et du silence ; c’est aussi celui qui sait partager des moments de bonheur avec son ami.


Et si Sénèque dit qu’il existe une douceur innée de l’amitié, La Fontaine, dans la morale de sa fable «  Les deux amis », définit  la
véritable amitié :
    
    «   Qu’un ami véritable est une douce
chose.
              Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
              Il vous épargne la
pudeur
              De les lui découvrir
vous-même.              Un songe, un rien, tout lui fait
peur
              Quand il s’agit de ce qu’il
aime. »


Fawzi Demmane 07/06/2011 12:54



Une définition à retenir.... Merci beaucoup Majdouline.



Majdouline Borchani 07/06/2011 12:41



Bonjour Fawzi,


Très originale la réflexion de Sénèque sur l’amitié.


Et si je me permets de commenter  les commentaires échangés avec ton amie ouazib-louardi à propos de ce texte, je dirais qu’ils ne sont qu’un
témoignage de la grandeur et de la douceur de votre amitié.



ouazib-louardi 06/06/2011 22:17






Sérieux, j'aime venir te lire c'est pas nouveau ! tu sais j'ai appris , j'aime apprendre. Il n'y a pas d'âge pour cela et pas de honte !! Je n'ai aucune gêne à dire que tu m'as fait
connaitre des auteurs. Moi, je peux te parler du corps humain plutot que de son cerveau !!!!!! non... bon tant pis alors !!!!!


Tu n'as pas intérêt à stopper ce blog sinon je t'envoie la gendarmerie Algérienne !!!!






Fawzi Demmane 06/06/2011 23:06



Surtout pas la gendarmerie !!!!!!


Non , sérieux... je ne compte pas abondonner "Le bon usage". Il ne m'appartient plus ; il a ses fidèles et je n'ai pas le droit de le leur confisquer.



ouazib-louardi 06/06/2011 17:23



je ne me relis pas je vois que j'ai fait des fuates !!! désolé monsieur le professeur !!!



Fawzi Demmane 06/06/2011 17:31



Beaucoup de fautes , mon amie !!!! Fais attention, la prochaine fois, sinon tu seras punie.



ouazib-louardi 06/06/2011 17:22



Fauwzi mon ami


Tu n'aurais jamais osé me punir allons !!!  tu sais j'étais presque sage en cours ! j'aimais comme en philo j'adorais et je n'ai pas changé tu n'est pas un prof qui punit toi  ? pauvre
gamin !!!! ce sont les profs de maths qui m'ont traumatisé !!!!!



Fawzi Demmane 06/06/2011 17:30



Les profs de français sont sévères aussi... mais à leur manière : tu trouves pas ????



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