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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Louis Aragon

Publié par Fawzi Demmane sur 28 Décembre 2010, 11:21am

Catégories : #Phrases mythiques

 

http://www.mes-biographies.com/Ecrivain/images/Aragon.jpg

 

 

 

 

Dire que l'art est difficile, suppose chez l'auteur de la phrase l'ignorance totale des mots dont il se sert. Qu'est-ce qui est difficile ? Un chemin, un client, un problème. Puis-je m'exprimer ainsi : le ciel est difficile... ? Oui, si je consens à mettre une majuscule au firmament, ce qui est un moyen de le personnaliser. Car difficile est une épithète qui ne peut se joindre qu'au défini. C'est pourquoi l'art n'est pas difficile. Il n'est pas facile non plus. Mais difficile et art ne peuvent être réduits au commun diviseur du verbe être. On voit par l'exemple qui précède que labeur surhumain est celui de l'homme qui armé d'une lanterne s'avance au milieu des livres pour y dépister les baraliptons. La critique, c'est le bagne à perpétuité. Pas de repos pour un critique.
 
 
Je demande à ce que mes livres soient critiqués avec la dernière rigueur, par des gens qui s'y connaissent, et qui sachant la grammaire et la logique, chercheront sous le pas de mes virgules les poux de ma pensée dans la tête de mon style. Parfaitement. Chaque ligne peut servir de prétexte à une infinie quantité de notes en petits caractères.
 
 
On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard.
 
 
On peut mesurer l'influence et la force d'un esprit à la quantité de bêtises qu'il fait éclore.
 
 
Paradis artificiels. C'est un pléonasme.
 
 
Mon style est comme la nature ou plutôt réciproquement.
 
 
Bien écrire, c'est comme marcher droit.
 
 
Si vous écrivez, suivant une méthode surréaliste, de tristes imbécillités, ce sont de tristes imbécillités. Sans excuses.
 
 
La vie d'un homme, on me permettra cette remarque, n'est pas plus à l'échelle d'une phrase qu'à celle de la critique de cette phrase. Je me révolterai toujours contre tout essai de réduction d'un être vivant à une sorte de mannequin, dont les faits et gestes seraient compréhensibles à la façon des faits et gestes des monarques notés au jour le jour d'après des communiqués officiels.
 
 
Je vis dans des conditions qui me sont données, est-ce que j'ai choisi la forme de mon nez, la force de mon poing ? Quand vous lisez ce que j'écris, ne l'oubliez pas, la vie est un langage, l'écriture un tout autre. Leurs grammaires ne sont pas interchangeables. Verbes irréguliers.

 

 

A toute erreur des sens correspondent d'étranges fleurs de raison.

 
Il est permis de rêver. Il est recommandé de rêver. Sur les livres et les souvenirs. Sur l'Histoire et sur la vie.


Il est plus facile de mourir que d'aimer. C'est pourquoi je me donne le mal de vivre. Mon amour...

 
Il n'y a pas de poésie, si lointaine qu'on la prétende des circonstances, qui ne tienne des circonstances sa force, sa naissance et son prolongement.


J'ai réinventé le passé pour voir la beauté de l'avenir.


Jamais peut-être faire chanter les choses n'a été plus urgente et noble mission à l'homme.


Je n'ai jamais rien demandé à ce que je lis que le vertige.

 
Je ne serai pour personne une excuse, pour personne un exemple.


Jusqu'ici, les romanciers se sont contentés de parodier le monde. Il s'agit maintenant de l'inventer.

 
L'avenir c'est ce qui dépasse la main tendue.


L'enfer existe. Il est la part du plus grand nombre.


La parole n'a pas été donnée à l'homme: il l'a prise.


La poésie, notre poésie se lit comme le journal. Le journal du monde qui va venir.


La vie est un voyageur qui laisse traîner son manteau derrière lui, pour effacer ses traces.


Le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard.


Un beau soir l'avenir s'appelle le passé. C'est alors qu'on se tourne et qu'on voit sa jeunesse.


 

 

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Blanche COLOMBE 28/12/2010 19:33



Aragon est sans conteste un grand poète, et un poète engagé ayant fait de sa plume une arme pour combattre le mal et exhorter à la résistance. Cependant, pendant la deuxième guerre mondiale,
certains n'hésitaient pas à mettre en doute son patriotisme.


En effet, en oct 1941, Drieu La Rochelle l'attaquait par cette salve qu'il fait paraître dans Emancipation nationale que dirigeait Doriot:


"Pour ce patriote de rencontre, il ne s'agit pas de la France comme une fin mais de la France comme moyen. Toute cette indignation, tout cet attendrissement sur la dignité, tous ces appels à
demi-mot qu'Aragon répand dans les revues littéraires et poétiques cousues de fil rouge pour la résistance et le durcissement, ne sont pas au service de la France".


A quoi Aragon répondit par un poème publié à Tunis "Plus Belles que les larmes":


J'empêche en respirant certaines gens de vivre


Je trouble leur sommeil d'on ne sait quel remords


Il paraît qu'en rimant je débouche les cuivres


Ah si l'écho des chars dans mes vers vous dérange


S'il grince dans mes cieux d'étranges cris d'essieux


C'est qu'à l'orgue l'orage a détruit la voix d'ange


Et que je me souviens de Dunkerque Messieurs...


 


( extraits de Minuit, récit de Dan Frank, publié chez Grasset, Paris 2010)



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