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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Note sur la métaphore visuelle

Publié par Fawzi Demmane sur 15 Mars 2010, 18:43pm

Catégories : #Littérature

Resultat

 

 

 

 

 

 

 


Toute tentative de rendre compte des métaphores non verbales soulève plusieurs questions. La première est de savoir si le langage doublement articulé est à même de thématiser des systèmes de signes non verbaux. La réponse unanime est que du moins, le langage est celui vers lequel il est le plus facile de traduire les autres systèmes, sinon parfaitement du moins raisonnablement. La seconde question porte sur le statut de la métaphore non verbale, c'est-à-dire iconique. Est-elle un type de métaphore au même titre que la métaphore linguistique, ou bien appelle-t-on « métaphore » les phénomènes non verbaux qui s'en rapprochent et qui méritent ce titre… métaphoriquement ?


Nous nous proposons ici d'indiquer quelques pistes de réflexions sur ce sujet. Afin de jeter un éclairage sur ce problème, il convient de décider si la linguistique est une partie de la sémiologie, comme le prétendait Saussure, ou bien si la sémiologie est une partie de la linguistique, selon le renversement dû à Roland Barthes. Le vingtième siècle – surtout dans sa seconde moitié – fut le théâtre d'une montée en puissance du paradigme linguistique dans les sciences humaines, la chose est connue. Qu'il y ait pour expliquer ce phénomène de bonnes raisons, voire des raisons légitimes, cela ne fait pas de doute : la linguistique était, du moins dans les années soixante, la discipline la plus avancée des sciences humaines, son objet était le mieux connu. Cela dit, la sémiologie nous a légué des objets et des méthodes qui pourraient embarrasser le chercheur enclin à s'émanciper de l'ascendant des sciences du langage. En effet, comment étudier des objets qui sont nés (ontologiquement) ou bien qui ont été étudiés (épistémologiquement) au sein d'un courant verbo-centré ? Il ne suffit pas en effet de faire le deuil d'une linguistique explicatrice de tout système de signe. Encore faut-il (mais le faut-il ?) aborder ces constructions sans replonger dans la phraséologie linguistique.


Revenons à la métaphore iconique et concentrons-nous, pour des raisons opportunistes, sur la métaphore visuelle. Limitons-nous au cas de la photographie, si l'on peut dire. S'il existe quelque chose comme une métaphore visuelle, en quoi cela consiste-t-il ? en une image, au sens large, qui opère un transfert de sens. Ce transfert est-il substitution ou comparaison ? cette question surgit relativement spontanément chez le critique ou le sémiologue. Y a-t-il remplacement ou juxtaposition ? en admettant qu'il s'agisse d'une photographie qui présente des figures non abstraites, les objets comparés sont-ils tous deux présents sur l'image ou bien n'y a-t-il pas plutôt qu'un seul objet, qui tienne pour un autre, absent de la photographie ? Sans répondre à cette question, examinons ce qui s'est produit durant la discussion. Nous appelons « métaphore » un phénomène non verbal. Ensuite, nous nous demandons s'il s'agit d'une métaphore ou d'une comparaison. Cette dernière se distingue par la présence effective d'un marqueur de comparaison. « Richard est un lion » est une métaphore, « richard est comme un lion » est une comparaison. Si la distinction existe en linguistique, pourquoi serions-nous moins fin dans l'analyse photographique ? Toutefois, existe-t-il en photographie une équivalence visuelle de la distinction linguistique entre comparaison et métaphore ? Rien n'est moins sûr.


Une compulsion nous pousse à importer plus ou moins brutalement des concepts linguistiques en sémiologie. Les raisons historiques, l'ascension de la linguistique, ont été évoquées. En outre, nous tâchons de ne pas nous ériger en juge – la tentation est grande en effet de traquer les ersatz de linguisticisme dans les écrits sur la photographie par exemple. Il n'est donc pas raisonnable de croire ce transfert nuisible à la sémiologie. Pour autant, tout semble indiquer que si des notions linguistiques sont applicables dans les autres disciplines, cela ne doit se faire qu'avec prudence, sans quoi ces notions seront de fait dénaturées.


La sémiologie ne doit pas porter le deuil de la linguistique et en faire son refoulé, mais, en termes imagés, rendre à César ce qui appartient à César. Ces prescrits ne sont pas d'ordre éthique, on s'en sera douté, mais d'ordre méthodologique.


Les écueils seraient donc les suivants : d'une part, reconduire pêle-mêle la technologie linguistique au sein de la sémiologie en général sans séparer le bon grain de l'ivraie, et d'autre part, s'interdire une forme d'échange « de bons procédés » entre disciplines connexes.


Ce n'est en effet pas qu'une question de style si de manière systématique, les théoriciens de la photographie disent lire une photographie, en décrire la syntaxe, y voir un message, un énoncé, un texte. Il semble que le paradigme linguistique soit devenu la métaphore structurante au sens de Lakoff et Johnson, des théories des arts visuels : nous ne pourrions comprendre, voir les images autrement que comme des segments linguistiques. Soit, mais une métaphore structurante n'importe pas toutes les propriétés de la source ; elle les limites aux pertinentes.


Une fois que l'on assume que les signes iconiques ne sont thématisables qu'en termes linguistiques, et ce n'est qu'une hypothèse, toute la question sera de savoir jusqu'où l'analogie tient. La cause du malaise des sémiologues (quand du moins ils en sont conscients) tient vraisemblablement au jeune âge de la sémiologie entendue comme science des signes. Cela dit, rien ne laisse présager qu'un changement soudain n'aura pas lieu !


La deuxième question – peut-on parler littéralement d'une métaphore non verbale ? – ne sera résolue ou du moins résoluble que si l'on prend à bras le corps celle de la place de la linguistique au sein de la sémiologie. Certes, ce propos fut tenu mainte fois. Il reste que, dans la pratique, cette émancipation n'en n'est pas une et que les symptômes d'un divorce mal résolu entre langage et langages, affleurent de-ci de-là, tels des lapsus dont il serait métaphorique de dire qu'ils sont le révélateur de l'image photographique.


Une des pistes envisagées serait la sémiologie de la métaphore proposée par Nelson Goodman, qui pose la métaphore linguistique et la métaphore iconique comme deux types de métaphores au même niveau, sans donc que l'une soit entendue comme une extension de l'autre. L'absence de distinction en anglais entre langue et langage (tous deux traduits par language ) est-elle cela qui a permis paradoxalement à Goodman d'aborder ce problème avec tact dans son ouvrage intitulé Languages of art  ?

 

 

 

 

 

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