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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Quand Tébessa renie son passé

Publié par Fawzi Demmane sur 22 Novembre 2011, 09:26am

Catégories : #A vos plumes !

 

 

 

Des origines à nos jours : Un passé sans présent

Toute la région, de par sa situation géographique, est un gisement ethnique, civilisationnel et cultuel. La ville d’Hecatompyle Thévest est reconnue comme l’une des plus anciennes d’Afrique septentrionale. Fondée par Héraclès selon les uns et par Tibère selon les autres, Tébessa est l’héritière d’une longue histoire qui a vu défiler Phéniciens, Romains, Byzantins, Vandales, Arabes et Turcs, et d’un parc archéologique immense, qui n’est pas reconnu, hélas, à sa juste valeur. Les pierres de taille, monumentales sont pourtant des pages ouvertes sur l’histoire et autant de messages transmis par nos aïeux.

 

Porte de Solomon

 

C’est dans ces contrées que Massinissa et ensuite Jugurtha défendirent l’Africa Nova contre l’invasion romaine entre 203 et 146 avant J.-C. Thévest atteint toute sa splendeur et son triomphe sous Trajan, et après lui l’empereur Septime Sévère qui l’érige en colonie. Son successeur, Caracalla, accordera plus tard la citoyenneté romaine aux habitants, tous les habitants de la région. Thévest fut détruite de fond en comble au Ve siècle par les Vandales, qui épargneront, néanmoins, l’Arc de Triomphe et le temple de Minerve. La cité sera occupée en 535 et reconstruite grâce à Solomon, général byzantin sous les ordres de Justinien. Toute cette Histoire est immortalisée par des ouvrages toujours debout. De nombreux gisements préhistoriques ont été découverts à Bir El Ater, Elma Labiod et Négrine, ajoutés aux tombeaux puniques et aux dolmens du Dyr, du djebel Osmor et de Tazbent. Mais c’est l’Antiquité qui a laissé les empreintes les plus marquantes.

 

 

A elle seule, la wilaya pourrait remplir le Top Ten des vestiges romains. Pour les Français qui ont mis en valeur ce patrimoine durant la période coloniale, à elle seule Tébessa abrite 60% des vestiges situés en terre algérienne. Il s’agit du site le plus important après Carthage, le mieux conservé dans la province romaine. Bref, un site suffisamment riche pour se faire classer patrimoine universel et faire de la région une destination touristique de première classe. Un rêve qui semble si loin à réaliser, et pourtant ! En plein centre, la muraille byzantine ou citadelle de Solomon ceinturant la ville ancienne est flanquée de treize tours carrées et s’ouvre sur l’extérieur par quatre portes : Bab Chahla, Bab K’sentina, Solomon et Caracalla, cette dernière appelée aussi l’Arc de Triomphe. Celui-ci, érigé en 214 après J.-C. par un riche Thévestin, Caïus Cornelius Egrilianus, est disposé en carré avec quatre façades identiques percées d’arcs flanqués de colonnes. Tout près, coincé entre deux marchés, on découvre l’amphithéâtre romain avec ses gradins et son arène. Il est le plus grand d’Afrique du Nord après celui de Carthage.

 

La basilique chrétienne

 

La basilique chrétienne, élevée au-dessus d’une nécropole chrétienne souterraine, acquit son statut suite à l’édit de Milan, décrété en 313 par l’empereur romain Constantin, qui officialisa le christianisme dans Rome et son empire. Cet ouvrage monumental, d’une beauté unique consacré à une sainte locale, Sainte Crispine, est entouré de jardins, baptistères, catacombes, et de plusieurs chapelles dont l’une est en forme de trèfle. Cette ambition architecturale, motivée par la ferveur religieuse des chrétiens, incita les païens de la cité à en faire autant en construisant le temple de tous les dieux, communément appelé Temple de Minerve, déesse de la sagesse. L’ouvrage, autrefois témoin de la cohabitation religieuse, abrite aujourd’hui un musée où sont exposés divers outils préhistoriques (monnaies, armes, lampes, etc.), et ses murs intérieurs sont ornés de belles mosaïques. La liste n’est pas exhaustive, on y trouve aussi les ruines d’un aqueduc qui alimentait la ville en eau potable et un pont romain. Tout cela est-il insuffisant pour engager une étude approfondie de l’étendue de ce patrimoine à valoriser ? Y aurait-il un seul doute sur les chances de Tébessa de décrocher une place dans le panthéon du patrimoine universel ?

 

La porte Caracalla

 

 

Y a-t-il une vie après Gastell ?

Les militaires ont été les premiers (1863) à engager des fouilles à Tébessa. La découverte, en 1944, de galeries souterraines, dans le sous-sol de la grande basilique chrétienne, pousseront M. Serré de Roch à poursuivre les fouilles. Les travaux feront face à d’énormes difficultés liées à l’obstruction volontaire des galeries. Ils apporteront, néanmoins, quelques réponses aux nombreuses questions, qui forment aujourd’hui encore un mystère à élucider. Des efforts dans le même sens sont déployés aujourd’hui par la société civile à travers l’association Minerve. En collaboration avec les spécialistes de l’association française Auras, un travail a été proposé sur le site de Besseriani, qui remonterait à l’époque du Ier siècle romain. En principe, un relevé topographique est indispensable pour donner suite à l’état des lieux, effectué avec les spécialistes d’Auras. La coopération a permis aussi une découverte dans la région de Negrine, et les deux mosaïques qui y ont été trouvées font l’objet de communications à l’étranger. Parmi les nouvelles curiosités archéologiques, la cité antique de Gastel se fait désirer, telle une caverne d’Ali Baba. Perdue au nord de Tébessa, dans un détour à quelques kilomètres de la commune de Aïn Zerga en allant vers le sud, la nécropole mégalithique de Gastel demeure jusque-là inconnue des Tébessis eux-mêmes, y compris par les préposés à la culture, en dépit du fait que la région, qui s’étendait au sahel tunisien, abritait plusieurs civilisations. Des fouilles préhistoriques ont été conduites par M. Reygasse dans les années 1930 et 1940, dans la nécropole mégalithique. Une douzaine de tombes ont été explorées ; elles ont fourni, en plus d’un riche mobilier funéraire ayant enrichi le musée de Tébessa, une série de squelettes intacts qui permettent d’étudier avec précision les rites ayant précédé leur inhumation. Ces découvertes invitent à l’actualisation des données et de toutes les recherches qui ont été effectuées pendant l’époque coloniale, pour faire sortir au grand jour les trésors encore enfouis.

 

 

La ville d’or, ville aux cent portes, est l’antithèse physique de tous les reniements. Nourrie de la sagesse du temps et de tant de déferlements ethniques et civilisationnels, elle rêve d’accueillir, entre ses murs, les énergies et les compétences nécessaires pour réconcilier ses héritiers.

 

L’étoile filante

 

Pour rendre à Thévest ce qui appartient à Thévest, la conscience nationale, et surtout officielle, doit au moins convaincre l’Unesco de la cataloguer comme patrimoine universel. De son côté, Tébessa doit opérer sa mue. Un développement qui passe par sa transformation en pôle touristique et culturel à travers la valorisation de son patrimoine. Seule une politique sage et une action gouvernementale intégrée et appropriée pourraient réussir un tel challenge historique.

 

Le temple de Minerve

 

 

 


 


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