Ce que le jour doit à la nuit
PARTIE 3
EMILIE
CHAPITRE 14 (suite).mp3
Dans la charia, il est impératif pour une non-musulmane de se convertir à l'islam avant d'épouser un musulman. Mon oncle n'était pas de cet avis. Il lui importait peu que sa femme fût chrétienne ou païenne. Il disait que lorsque deux êtres s'aiment, ils échappent aux contraintes et aux anathèmes; que l'amour apaise les dieux et qu'il ne se négocie pas puisque tout arrangement ou concession porterait atteinte à ce qu'il a de plus sacré.....
Emilie ne bronchait pas. Elle me fixait de ses yeux immenses, les doigts coincés dans le bout du
mouchoir.
- Je vous en prie, mademoiselle, rentrez chez vous.
- Vous n’avez pas compris ?... Je ne me jetais dans les bras d’un autre que pour que vous me voyiez, ne riais aux
éclats que pour que vous m’entendiez… Je ne savais pas comment m’y prendre avec vous, comment vous dire que je vous aimais.
- Il ne faut pas le dire.
- Comment peut-on taire le plus bel appel du cœur ?
- Je ne sais pas, mademoiselle. Et je ne tiens pas à l’entendre.
- Pourquoi ?
- Je vous en prie…
- Non, Jonas. On n’a pas le droit d’exiger une chose pareille. Je vous aime. Il est impératif que vous le sachiez.
Vous ne pouvez pas mesurer combien ça me coûte, combien j’ai honte de me dénuder devant vous, d’insister et de me battre pour un sentiment qui ne vous frappe pas de plein fouet pendant qu’il
m’anéantit, moi, mais je serais doublement malheureuse si je continuais à taire ce que mes yeux n’arrêtent pas de hurler : je vous aime, je vous aime, je vous aime. Je vous aime toutes les fois
que je respire. Je vous ai aimé dès que je vous ai vu… il y a plus de dix ans… dans cette même pharmacie. J’ignore si vous vous en souvenez encore, mais moi je n’ai pas oublié. Il avait plu, ce
matin-là, et mes gants de laine étaient tout mouillés. Je venais tous les mercredis faire ma piqure ici....
" Il n'y a ni honte ni crime en amour, sauf quand on le sacrifie,
y compris pour les bonnes causes. "