A chaque fois, c'est un miracle. Tous ces gens, toutes ces haines et tous ces désirs, tous ces désarrois, toute cette année de collège avec ses vulgarités, ses évènements mineurs et majeurs, ses profs, ses élèves bigarrés, toute cette vie dans laquelle nous nous traînons, faite de cris et de larmes, de rires, de luttes, de ruptures, d'espoirs déçus et de chances inespérées: tout disparaît soudain quand les choristes se mettent à chanter. Le cours de la vie se noie dans le chant, il y a tout d'un coup une impression de fraternité, de solidarité profonde, d'amour même, et ça dilue la laideur du quotidien dans une communion parfaite.
A chaque fois, c'est pareil, j'ai envie de pleurer, j'ai la gorge serrée et je fais mon possible pour me maîtriser mais, des fois, c'est à la limite: je peux à peine me retenir de sangloter. Alors, quand il y a un canon, je regarde par terre parce que c'est trop d'émotion à la fois: c'est trop beau, trop solidaire, trop merveilleusement communiant. Je ne suis plus moi-même, je suis une part d'un tout sublime auquel les autres appartiennent aussi et je me demande toujours à ce moment-là pourquoi ce n'est pas la règle du quotidien au lieu d'être un moment exceptionnel de chorale.
Lorsque la chorale s'arrête, tout le monde acclame, le visage illuminé, les choristes rayonnants. C'est tellement beau.
Finalement, je me demande si le vrai mouvement du monde ce n'est pas le chant.
L'Elégance du Hérisson. Muriel Barbery ( mai 2009)
Posté par Dejla, le 11 avril 2011