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Le bon usage

Le bon usage

Mon blog est consacré essentiellement au bon usage de la langue française. Il est donc, spécialement conçu et destiné aux collégiens,lycéens, étudiants,et notamment aux amoureux de la langue de Molière.


Marcel Proust, une vie d'écrivain

Publié par Fawzi Demmane sur 25 Août 2011, 01:18am

Catégories : #Bibliothèque sonore

 

 

 

150px-Marcel Proust 1900 

 

 

 

Documentaire/Biographie - de Sarah Mondale

    La réalisatrice évoque les composantes majeures de la galaxie proustienne : l'influence maternelle, l'affaire Dreyfus pour laquelle il se passionna - il pris ardemment position en faveur de la révision -, le goût des mondanités, la guerre de 14-18, la temporalité, l'homosexualité. À la manière proustienne, elle évoque plus qu'elle n'explique ces différents thèmes, en s'attardant sur les carnets raturés, taché et dessinés, l'écriture nerveuse, et de nombreuses images d'archives qui, accompagnées de la musique de Franck ou de Fauré, nous replongent dans l'univers proustien. Avec, notamment, les témoignages de ceux qui ont côtoyé l'écrivain - François Mauriac, Jean Cocteau, Paul Morand, la fidèle et indispensable Céleste Albaret -, différentes figures mondaines de l'époque dessinent le portrait d'un homme à la fois courageux et charmeur, amateur de potins et avide d'introspection. Parallèlement, des scènes de reconstitution - où l'on aperçoit la jeune Anne Roumanoff dans le rôle de Céleste - ressuscitent l'univers de l'écrivain : la quiétude de Combray, les fastes du grand hôtel de Cabourg, le lit-bureau, le manuscrit débordant de paperoles..

 

 

 

 

 

 

 

Proposé par Fouzia, le 24/08/2011

 

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Majdouline Borchani 25/08/2011 14:40



Bonjour Fawzi


Merci beaucoup d'avoir publié le passage de la "MADELEINE". C'est un texte que j'admire.


Belle aussi l'illustration qui accompagne le texte: une tasse de thé et une madeleine. C'est très significatif.


Merci, encore une fois, mon ami.



Fawzi Demmane 25/08/2011 15:10



C'est à moi de te remercier Majdouline : de tout Proust, c'est cette fameuse scène qui te revient et que tu évoques.... Encore, une preuve supplémentaire de finesse et d'intelligence.



Majdouline Borchani 25/08/2011 05:50



A l'dée de Marcel Proust, on ne peut que se rappeller l'épisode de la madeleine dans "Du côté de chez Swann".



Fawzi Demmane 25/08/2011 11:29



Bonjour Majdouline


 


"La célèbre scène de la Madeleine"


"II y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma
mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux
courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la
perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau
toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m'avait aussitôt rendu les
vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence
n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du
gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l'appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de
plus que dans la première, une troisième qui m'apporte un peu moins que la seconde. II est temps que je m'arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche
n'est pas en lui, mais en moi. [...] Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C'est à lui de trouver la vérité."





 



Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la
messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien
rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se
lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit
coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la
conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes,
plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette
presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.


Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce
souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon donnant sur le jardin, qu’on avait
construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire
des courses depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, les chemins qu’on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de
porcelaine rempli d’eau de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des
maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du
village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.



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